Réchauffement climatique : comment les scientifiques prêchent dans le désert depuis 200 ans
Les premières études scientifiques sur le lien entre émissions de CO 2 et réchauffement remontent aux années 1820 et se sont multipliées depuis. Pourtant, les réponses à la hauteur de l'enjeu se font toujours attendre.
Dès 1824, le physicien français Joseph Fourier découvre l’effet de serre naturel, un phénomène où certains gaz comme le CO₂ (dioxyde de carbone) et la vapeur d’eau piègent la chaleur du soleil dans l’atmosphère, maintenant une température viable sur Terre. En 1896, le chimiste suédois Svante Arrhenius calcule que le doublement du CO₂ dans l’atmosphère pourrait augmenter la température moyenne de 5 à 6 °C. Ces travaux, bien que pionniers, restent marginaux dans la communauté scientifique de l’époque. En 1938, l’ingénieur britannique Guy Callendar publie une étude montrant que l’augmentation des émissions de CO₂, liée à la combustion du charbon, réchauffe déjà le climat. Pourtant, ses conclusions sont largement ignorées, voire ridiculisées, par les médias et les décideurs politiques de l’époque.
Dans les années 1950, des chercheurs comme Charles David Keeling lancent des mesures systématiques de la concentration de CO₂ dans l’atmosphère, depuis l’observatoire de Mauna Loa à Hawaï. En 1958, il observe une augmentation constante, passant de 315 ppm (parties par million) à 350 ppm en 1988. En 1979, la première Conférence mondiale sur le climat à Genève alerte sur les risques du réchauffement, mais les gouvernements ne réagissent pas. En 1988, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), créé par l’ONU et l’OMM (Organisation météorologique mondiale), publie son premier rapport confirmant l’origine humaine du réchauffement climatique. Malgré ces preuves, les lobbies industriels, notamment ceux des énergies fossiles, minimisent les risques pour protéger leurs intérêts économiques.
Dans les années 1990, des acteurs comme l’industrie pétrolière américaine financent des campagnes de désinformation pour semer le doute sur les conclusions scientifiques. En 1992, le Sommet de la Terre de Rio adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), mais sans engagements contraignants. En 1997, le Protocole de Kyoto impose aux pays industrialisés de réduire leurs émissions de 5,2 % en moyenne d’ici 2012 par rapport à 1990. Cependant, les États-Unis, premier émetteur mondial, refusent de ratifier l’accord, et d’autres pays comme la Chine et l’Inde, en développement, n’ont pas de contraintes. Les émissions mondiales continuent d’augmenter, passant de 22 milliards de tonnes de CO₂ en 1990 à 36 milliards en 2019.
En 2015, l’Accord de Paris est signé par 196 pays, avec l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Pourtant, les engagements pris ne sont pas suffisants : selon le GIEC, les émissions mondiales devraient baisser de 43 % d’ici 2030 pour atteindre cet objectif, alors qu’elles continuent d’augmenter. En 2021, la concentration de CO₂ atteint 414 ppm, un niveau inédit depuis 3 millions d’années. Les scientifiques alertent sur les conséquences déjà visibles : multiplication des canicules, montée des océans, acidification des océans et extinction accélérée d’espèces. Malgré les rapports alarmants, les actions politiques et économiques restent insuffisantes pour inverser la tendance.
Les médias ont longtemps contribué à la diffusion de fausses informations en donnant la parole à des climatosceptiques, souvent financés par des intérêts économiques. Par exemple, en 2009, le **Climategate** révèle des emails piratés de chercheurs britanniques, présentés à tort comme une preuve de manipulation des données. Cette affaire, largement relayée, a semé la confusion dans l’opinion publique. Pourtant, les études montrent que 97 % des scientifiques actifs dans le domaine du climat s’accordent sur l’origine humaine du réchauffement. Aujourd’hui, les réseaux sociaux amplifient les discours de déni, tandis que les jeunes générations, comme celles des **Fridays for Future**, poussent les gouvernements à agir.

