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Géopolitique

Un indice du mal-être climatique

Courrier International · mis à jour 24 sept.

Agir face au dérèglement climatique et s’adapter : chaque semaine, les pistes de la presse étrangère..

Climate Week éclipsée

La Climate Week de New York, organisée chaque année en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, est cette année éclipsée par d’autres crises comme les guerres, la crise énergétique ou les craintes liées à l’intelligence artificielle. Malgré un été marqué par des canicules intenses, la mobilisation contre le changement climatique semble moins prioritaire. La chercheuse en santé publique Manasi Kumar, de l’université de New York, souligne dans la revue Nature que cette situation néglige le coût humain de l’inaction climatique. Elle rappelle que les conséquences vont bien au-delà des pertes matérielles, comme les habitations ou les récoltes, et incluent des dommages irréversibles tels que des déplacements forcés, la destruction d’écosystèmes ou la perte de patrimoine culturel.

Catastrophes et santé mentale

Les catastrophes climatiques, comme la crue meurtrière du 26 août 2026 au Népal, ont des répercussions majeures sur la santé mentale des populations touchées. Selon des études citées par la chercheuse Manasi Kumar, plus de 30 % des rescapés seraient exposés au syndrome de stress post-traumatique. Une étude publiée en avril 2026 par l’université de Stirling, en Écosse, montre que la perte d’un lieu chargé d’une forte valeur affective, due au changement climatique, affecte non seulement l’économie et la société, mais aussi la santé mentale et le lien identitaire des personnes concernées. Le terme deuil écologique désigne ainsi la souffrance liée à la disparition de ces lieux, un concept que des chercheurs comme Pablo Fernandez Velasco, philosophe et auteur principal de l’étude, estiment essentiel pour évaluer les pertes dans le cadre de la justice climatique.

COP et pertes non économiques

Les COP (Conférences des Parties sur le climat) reconnaissent officiellement depuis 2007 les pertes et préjudices liés au changement climatique, un domaine rare où sont pris en compte des dommages non strictement économiques. Manasi Kumar propose d’y ajouter les effets sur la santé mentale pour mieux accompagner les populations les plus vulnérables. Elle suggère que les mécanismes de financement climatique soutiennent la guérison communautaire, la reconstruction sociale et la restauration culturelle. L’objectif est de mieux indemniser les pertes qui ne peuvent être mesurées en argent, comme le bien-être psychologique ou la disparition d’un patrimoine culturel. Cette approche vise à compléter les indicateurs économiques traditionnels par des critères humains.

Bhoutan et indicateur humain

Le Bhoutan, petit royaume bouddhiste, a inventé en 1972 le Bonheur national brut (BNB), un indicateur qui privilégie le bien-être des citoyens plutôt que la richesse économique. Manasi Kumar propose de transposer ce concept à la finance climatique en créant un indicateur mesurant l’impact du réchauffement sur la santé mentale. Cela permettrait de replacer l’humain au centre des politiques climatiques. Un tel indicateur aiderait à évaluer les politiques de manière plus holistique, en intégrant des dimensions comme la qualité de vie, la résilience psychologique ou la cohésion sociale, plutôt que de se limiter à des critères économiques ou environnementaux classiques.

Glaciers tropicaux en danger

Le Puncak Jaya, plus haut sommet d’Océanie avec ses 4 884 mètres d’altitude, abrite les derniers glaciers tropicaux de la planète. Selon le site indonésien Detik, ces neiges éternelles pourraient disparaître d’ici quelques mois en raison du réchauffement climatique et de l’épisode actuel d’El Niño. Ce phénomène météorologique, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, aggrave les effets du changement climatique en accélérant la fonte des glaces. La disparition de ces glaciers aurait des conséquences écologiques majeures, notamment sur les écosystèmes locaux et les ressources en eau, tout en symbolisant l’urgence d’agir contre le dérèglement climatique.

Résistance aux data centers

Aux États-Unis, entre avril et juin 2026, 45 projets de data centers (centres de données) d’une valeur totale de 68 milliards de dollars (environ 59 milliards d’euros) ont été bloqués ou retardés par des résistances locales. Cette opposition s’explique par les impacts environnementaux et énergétiques de ces infrastructures, qui consomment d’énormes quantités d’électricité et d’eau. Le cabinet Data Center Watch a révélé cette tendance, reprise par Bloomberg. Ces résistances illustrent un conflit croissant entre le développement technologique et les préoccupations écologiques, notamment dans un contexte de crise énergétique et de transition vers des énergies plus durables.

Ce que ça pourrait changer

Face à une sécheresse historique liée à *El Niño*, le Honduras envisage de recourir à l’*ensemencement de nuages*, une technique controversée visant à favoriser les pluies. Cette méthode, déjà testée en 1995 sans résultats concluants, consiste à disperser des particules dans les nuages pour stimuler la formation de précipitations. Francisco Argeñal, directeur du Centre d’études atmosphériques, océanographiques et sismiques du Honduras, insiste sur la nécessité d’évaluer le *rapport coût-bénéfice* avant toute opération. L’objectif est de déterminer si les bénéfices potentiels, comme l’amélioration des récoltes, justifient les coûts et les risques environnementaux associés à cette technique.

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