TechBio : comment la filière se structure progressivement en France
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La TechBio est une branche innovante des biotechnologies qui se distingue de la Biotech traditionnelle par son approche. Contrairement à la Biotech, centrée sur des expériences biologiques en laboratoire, la TechBio repose sur des plateformes algorithmiques (outils informatiques avancés) pour analyser de vastes ensembles de données biologiques. Ces outils permettent de comprendre les mécanismes des maladies, d'identifier de nouvelles cibles pour des médicaments, des biomarqueurs (molécules ou gènes mesurables indiquant l'état d'une maladie) ou d'améliorer la sélection des patients pour les essais cliniques. Comme l'explique Romane Dorado Doncel, Startup Manager chez Future4care, l'objectif est de révolutionner le développement des médicaments en les rendant plus rapides, moins coûteux et plus précis. Aux États-Unis, ce mouvement a émergé il y a quatre ou cinq ans, porté par des entreprises comme Exscientia et Insilico Medicine. En France, Owkin a été l'un des premiers acteurs à adopter ce modèle, suivi par des startups comme Whitelab Genomics, DeepLife ou ZebraMed, soutenues par Future4care.
Fin 2024, une commission TechBio a été créée en France pour structurer un marché encore dispersé. Pilotée par Whitelab Genomics, Future4care, France Biotech et France Deeptech, cette commission a identifié une quarantaine d'entreprises françaises dans le secteur, dont une dizaine accompagnées par Future4care. Selon Romane Dorado Doncel, cette dispersion des acteurs rend nécessaire une logique de souveraineté pour renforcer la filière. Les objectifs de la commission incluent le lobbying pour faciliter l'accès aux données de santé, la structuration du financement (actuellement dépourvu d'investisseurs spécialisés en TechBio) et la création de liens entre les startups, l'industrie pharmaceutique et les hôpitaux. Timothé Cynober, Directeur du développement commercial chez Whitelab Genomics, souligne que la France est désormais citée en exemple en Europe pour son approche, avec des projets concrets démontrant l'efficacité des outils TechBio : identification plus rapide de molécules, réduction des coûts et meilleure prédiction des résultats.
Malgré les avancées, la filière TechBio en France et en Europe fait face à deux freins majeurs. Le premier est l'accès aux données de santé, souvent limité ou mal structuré. En Europe, les collaborations avec les structures de santé publiques restent restreintes, contrairement aux États-Unis où l'accès aux données est plus fluide. Franck Augé, de Servier, explique que cette situation est particulièrement critique pour les maladies rares, où la disponibilité et la volumétrie des données sont cruciales pour entraîner des modèles d'IA efficaces. Le second frein concerne le recrutement de profils hybrides (experts en biologie, mathématiques et intelligence artificielle) et la transition des projets pilotes vers des solutions industrialisables. Le Royaume-Uni, qui a structuré sa filière TechBio plus tôt, sert de référence avec une commission similaire et une initiative de partage des données de santé.
Les laboratoires pharmaceutiques adoptent une nouvelle approche face à la TechBio, marquée par une accélération des partenariats. Franck Augé, de Servier, observe trois niveaux de collaboration possibles avec une startup TechBio. Le premier consiste en une délégation partielle de la recherche, avec des paiements échelonnés et des royalties potentielles. Le deuxième implique un partage de la propriété intellectuelle et des paiements au succès. Le troisième niveau est un modèle serviciel, sans enjeu de propriété intellectuelle. Depuis son arrivée chez Servier il y a un an et demi, Franck Augé constate un équilibre croissant entre ces modes de collaboration. Les startups recherchent désormais des partenariats plus substantiels, tandis que les laboratoires intègrent davantage les enjeux de l'IA dans leurs processus. Future4care, un écosystème européen dédié à la santé numérique fondé par Orange, Capgemini, Sanofi et Generali, joue un rôle d'intermédiaire en facilitant les connexions entre startups et industriels.
La filière TechBio en France se structure progressivement à travers plusieurs initiatives. Outre la commission TechBio, *Future4care* organise depuis 2024 un événement dédié au secteur et prépare une édition élargie à l'échelle européenne pour l'automne 2026. Ces efforts visent à renforcer la cohésion entre les acteurs, à promouvoir les bonnes pratiques et à attirer des investisseurs spécialisés. La France, déjà citée en exemple par ses voisins européens, cherche à étendre son influence sur le continent. Les défis restent nombreux, notamment l'accès aux données et le recrutement de talents hybrides, mais les résultats concrets obtenus par les startups TechBio montrent que le modèle est viable et prometteur pour l'avenir de la médecine.

