Comment le FSB a pris le contrôle de toute la Russie
Successeur du KGB soviétique, le FSB, service fédéral chargé officiellement d’assurer la sécurité intérieure, exerce aujourd’hui un pouvoir inégalé dans l’histoire de la Russie moderne, constate cet avocat dans le média russe indépendant “Republic”. Il décrit le fonctionnement d’un organe omniscient qui a fait du procès pour haute trahison un impitoyable instrument de répression politique..
Le FSB (Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie) est présenté dans l'article comme l'héritier direct du KGB, le service de renseignement soviétique. Fondé en 1995, le FSB est officiellement chargé de la sécurité intérieure de la Russie, c'est-à-dire de lutter contre les menaces terroristes, l'espionnage ou les crimes organisés. Cependant, l'article souligne que son pouvoir dépasse largement ce cadre légal. Contrairement au KGB, qui était soumis à l'autorité du Parti communiste de l'Union soviétique (KPSS), le FSB n'a aujourd'hui aucun contre-pouvoir. Il cumule les rôles d'enquêteur, de juge et de commanditaire, ce qui en fait une institution autonome et toute-puissante. Son influence s'étend bien au-delà de la sécurité intérieure, touchant tous les rouages de l'État russe et la vie quotidienne de ses citoyens.
L'article insiste sur l'absence totale de limites au pouvoir du FSB. Traditionnellement, les services de sécurité étaient encadrés par une autorité politique ou idéologique, comme le KPSS pour le KGB. Aujourd'hui, le FSB agit en toute indépendance, sans contrôle extérieur. Il se considère comme l'héritier de la Tcheka, créée en 1917, symbole des méthodes de répression politique et de traque des opposants. Cette absence de contre-pouvoirs transforme le FSB en un outil de contrôle absolu, où la notion de sécurité devient un prétexte pour étendre son emprise. L'auteur, avocat spécialisé dans les affaires de secret d'État, décrit un système judiciaire où la justice a cédé la place aux « objectifs de l'État », et où les procès pour trahison sont utilisés comme des instruments de répression politique.
L'article explique que le FSB utilise les procès pour haute trahison comme un moyen systématique de réprimer toute forme de dissidence. Ces affaires, souvent classées sous le sceau du secret d'État, forment un « monde fermé » où les règles de la justice sont bafouées. Les accusés sont privés de droits fondamentaux, et les verdicts sont prédéterminés pour servir les intérêts du régime. L'auteur, qui a travaillé sur ce type de dossiers, souligne que la sécurité nationale est devenue un instrument de contrôle total, s'appliquant aussi bien aux institutions qu'aux citoyens. Cette stratégie vise à éliminer toute opposition et à maintenir un climat de peur, caractéristique des régimes autoritaires.
L'article est issu du média russe indépendant Republic, fondé en 2009 et basé à Moscou jusqu'en 2024. Ce site publie des analyses et des éditoriaux sur l'actualité russe et internationale, avec une orientation libérale. En mai 2024, Republic a été classé comme « agent de l'étranger » par les autorités russes, une désignation qui limite sa liberté de publication et expose ses journalistes à des poursuites. Malgré cette répression, le média continue d'être lu par une partie de l'intelligentsia russe et internationale. Son travail d'investigation et ses prises de position critiques en font une source majeure pour comprendre les mécanismes de pouvoir en Russie.
L'article retrace l'évolution des services de sécurité russes depuis la création de la *Tcheka* en 1917, première police politique soviétique. Le *NKVD* (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures), puis le *KGB* (Comité pour la sécurité de l'État), ont perpétué cette tradition de répression et de surveillance de masse. Le FSB, en héritant de ces institutions, a conservé leur esprit : la traque des « ennemis » de l'État, la répression de la dissidence et l'utilisation de la peur comme outil de gouvernance. Cette continuité historique explique pourquoi le FSB est aujourd'hui perçu comme une entité plus puissante et plus dangereuse que ses prédécesseurs, car il agit sans aucun filet de protection démocratique.

