En Haute-Savoie, une nouvelle autoroute décriée : ce chantier «condamne l’habitabilité de notre territoire»
C’est un projet qui rappelle la très décriée A69 : en Haute-Savoie, la future autoroute du Chablais suscite la colère de riverain·es et militant·es écologistes. Alors que l’abattage d’arbres a débuté, Vert a rencontré celles et ceux qui tentent de stopper les travaux..
En Haute-Savoie, la construction de l’autoroute A412, surnommée autoroute du Chablais, suscite une forte opposition locale. Ce projet de 16,5 kilomètres entre Machilly et Thonon-les-Bains, prévu pour être livré en 2029, a vu ses travaux débuter le 1er septembre 2026. Les premiers abattages d’arbres ont déjà eu lieu, marquant le début d’un chantier controversé. Ce projet rappelle l’A69, une autoroute entre Toulouse et Castres également très critiquée pour ses impacts environnementaux. Les opposants dénoncent une décision qui menace l’habitabilité du territoire, notamment en détruisant des écosystèmes locaux.
Le chantier de l’A412 s’étendra sur 180 hectares, avec la destruction prévue de 80 hectares de forêt et 70 hectares de terres agricoles. Les opposants soulignent la disparition de corridors écologiques, des zones qui permettent aux espèces animales de se déplacer entre habitats naturels. Parmi les espèces menacées, on trouve le castor, le crapaud sonneur à ventre jaune (un amphibien protégé) et le grand capricorne (un coléoptère rare). Ces destructions s’ajoutent à la perturbation de quarante cours d’eau, aggravant les risques pour la biodiversité locale. Pour les militants, ces impacts rendent le territoire moins viable pour les habitants et la faune.
Le concessionnaire du projet, Amedea (filiale du groupe Eiffage), défend la construction de l’autoroute en affirmant qu’elle permettra de désengorger les routes départementales et les villages traversés par un trafic de transit. L’entreprise met en avant des mesures d’atténuation, comme le choix d’un tracé optimisé et la multiplication d’ouvrages pour limiter les impacts. Cependant, ces arguments sont contestés par les opposants, qui estiment que l’autoroute attirera davantage de trafic et de nouveaux habitants, augmentant ainsi la dépendance à la voiture individuelle plutôt que de favoriser les transports en commun.
Les riverains et militants écologistes se mobilisent activement pour tenter de bloquer le chantier. Des collectifs comme StopA412 et des personnalités comme Jérôme Déthes, maraîcher et membre de la Confédération paysanne 74, dénoncent un projet qui « condamne l’habitabilité de notre territoire ». Les opposants organisent des actions pour empêcher les abattages d’arbres et sensibiliser l’opinion publique. Malgré ces efforts, les travaux ont commencé, et les autorités locales, comme la préfecture de Haute-Savoie, n’ont pas encore répondu aux sollicitations des médias sur le sujet.
Le projet de l’A412 illustre un débat plus large sur l’aménagement des territoires et l’urgence écologique. Les opposants remettent en question la pertinence des grands projets routiers dans un contexte de crise climatique, où les alternatives aux véhicules motorisés individuels (transports en commun, covoiturage, etc.) pourraient être privilégiées. Pour eux, des solutions comme l’amélioration des infrastructures existantes ou le développement de mobilités douces seraient plus adaptées. Le chantier en cours en Haute-Savoie devient ainsi un symbole des tensions entre développement économique et préservation de l’environnement.

