Les médicaments contre l'ostéroporose seraient associés à une baisse des risques de développer Alzheimer
Renforcer un squelette fragile et préserver la mémoire semblent deux combats sans rapport. Et pourtant, les mêmes comprimés avalés chaque semaine contre la fragilité osseuse pourraient agir sur les deux fronts.
Une étude récente suggère une association entre la prise de médicaments contre l’ostéoporose et une réduction du risque de développer la maladie d’Alzheimer. L’ostéoporose est une maladie qui fragilise les os en réduisant leur densité, les rendant plus vulnérables aux fractures. Elle touche principalement les personnes âgées, en particulier les femmes après la ménopause. La maladie d’Alzheimer, quant à elle, est une pathologie neurodégénérative qui provoque une perte progressive de la mémoire et des fonctions cognitives. Les chercheurs ont observé que les patients traités pour l’ostéoporose avec des médicaments spécifiques, appelés biphosphonates, présentaient un risque diminué de 30 % à 50 % de développer Alzheimer, selon les études citées. Ces résultats ouvrent une piste pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de ces deux maladies, qui pourraient partager des facteurs de risque ou des processus biologiques communs.
Les scientifiques avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ce lien. D’abord, les biphosphonates, en plus de renforcer les os, pourraient avoir un effet protecteur sur le cerveau. Une théorie suggère qu’ils réduiraient l’inflammation chronique, un facteur connu pour accélérer le déclin cognitif dans Alzheimer. Une autre piste implique la signalisation du calcium : les biphosphonates régulent le calcium dans l’organisme, un minéral essentiel pour le fonctionnement des neurones. Un déséquilibre de ce minéral est associé à des dépôts anormaux dans le cerveau, caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Enfin, ces médicaments pourraient aussi moduler l’activité des cellules immunitaires, dont le rôle dans le développement d’Alzheimer est de plus en plus étudié. Cependant, ces mécanismes restent à confirmer par des recherches supplémentaires.
Les données proviennent de plusieurs études observationnelles, dont une publiée en 2025 dans la revue Journal of Alzheimer’s Disease. Cette étude a analysé les dossiers médicaux de plus de 60 000 personnes âgées de 60 ans et plus, dont la moitié prenait des biphosphonates pour traiter l’ostéoporose. Les résultats montrent que le groupe sous traitement avait un risque réduit de 34 % de développer Alzheimer sur une période de 5 ans, comparé au groupe non traité. Une autre recherche, menée en 2023 en Suède, a abouti à des conclusions similaires avec une réduction de 50 % du risque. Ces études soulignent une corrélation, mais ne prouvent pas encore un lien de cause à effet direct. Des essais cliniques randomisés seraient nécessaires pour valider ces résultats.
Malgré ces résultats prometteurs, les chercheurs mettent en garde contre une interprétation hâtive. Les études citées sont de type observationnel, ce qui signifie qu’elles ne permettent pas d’établir une relation de cause à effet. Il est possible que les personnes prenant des biphosphonates aient aussi d’autres habitudes de vie (meilleure alimentation, suivi médical régulier) qui contribuent à réduire leur risque d’Alzheimer. De plus, ces médicaments ne sont pas dénués d’effets secondaires, comme des douleurs articulaires ou des risques de fractures atypiques. Les auteurs de l’étude insistent donc sur la nécessité de poursuivre les recherches avant de recommander ces traitements comme prévention d’Alzheimer. Ils rappellent aussi que l’ostéoporose et Alzheimer restent deux maladies distinctes, nécessitant des approches thérapeutiques adaptées.
Pour confirmer ces découvertes, des essais cliniques randomisés sont en cours. Ces essais consistent à administrer des biphosphonates à un groupe de participants et un placebo à un autre groupe, sans que ni les participants ni les chercheurs ne sachent qui reçoit quoi. L’objectif est de mesurer objectivement l’impact du médicament sur le risque de développer Alzheimer. Si ces essais confirment les résultats observés, cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention pour cette maladie neurodégénérative, pour laquelle il n’existe actuellement aucun traitement curatif. Les chercheurs soulignent aussi l’importance d’étudier d’autres classes de médicaments contre l’ostéoporose, comme les **anticorps monoclonaux**, pour voir s’ils pourraient avoir un effet similaire.

