La grande majorité des datacenters en Europe refusent de donner leur consommation d'eau et de électricité
En Europe, les data centers dissimulent leur consommation d'énergie et d'eau derrière une clause de confidentialité. Une ONG néerlandaise vient de déposer plainte contre la Commission européenne..
Une enquête de Science & Vie révèle que la majorité des datacenters (centres de données) en Europe refusent de communiquer leur consommation réelle d’eau et d’électricité. Ces infrastructures, essentielles au fonctionnement d’Internet, hébergent des serveurs qui stockent et traitent des milliards de données chaque jour. Pourtant, seulement 10 % des datacenters interrogés ont accepté de partager ces informations, malgré des réglementations européennes encourageant la transparence. Les raisons invoquées restent floues : manque de cadre légal strict, volonté de protéger des secrets industriels, ou absence de normes claires sur la publication de ces données. Cette opacité pose question, car elle empêche une évaluation précise de l’impact environnemental de ces infrastructures, pourtant très énergivores.
Les datacenters consomment des quantités colossales d’énergie et d’eau, deux ressources devenues critiques. Par exemple, un seul datacenter de taille moyenne peut utiliser autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants, tandis que leur refroidissement nécessite parfois des millions de litres d’eau par an. En Europe, leur consommation électrique représente environ 1 à 1,5 % de la demande totale du continent, un chiffre en constante augmentation avec la croissance du numérique. L’absence de données précises complique l’évaluation de leur empreinte carbone et hydrique, rendant difficile la mise en place de politiques publiques adaptées pour limiter leur impact environnemental.
L’Union européenne a pourtant adopté des directives pour encadrer les datacenters, comme la Directive sur l’efficacité énergétique ou le Pacte vert européen, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050. Cependant, ces textes laissent une grande marge de manœuvre aux États membres et aux entreprises, sans obligation stricte de transparence. Certains pays, comme la France ou les Pays-Bas, ont tenté d’imposer des rapports plus détaillés, mais sans succès systématique. Les géants du numérique, comme Google, Amazon ou Microsoft, qui opèrent une partie des datacenters européens, sont souvent pointés du doigt pour leur manque de coopération, malgré leurs engagements publics en faveur du développement durable.
Les datacenters justifient leur refus de communiquer leurs données par plusieurs arguments. Certains évoquent des secrets industriels, craignant que la publication de chiffres précis ne révèle des faiblesses stratégiques ou des coûts cachés. D’autres soulignent l’absence de normes harmonisées en Europe, ce qui rendrait les comparaisons impossibles ou trompeuses. Enfin, une partie des acteurs estime que les données techniques (comme la consommation d’eau pour le refroidissement) sont trop complexes à interpréter pour le grand public, et préfèrent les garder confidentielles. Ces explications, bien que compréhensibles, alimentent les suspicions d’un manque de volonté réelle de transparence.
L’opacité des datacenters a des conséquences directes sur la lutte contre le réchauffement climatique. Sans données fiables, il est impossible d’évaluer précisément leur contribution aux émissions de CO₂ ou à la pression sur les ressources en eau, notamment dans des régions déjà en tension hydrique comme l’Espagne ou l’Italie. Par ailleurs, cette absence de transparence freine l’innovation verte, car les chercheurs et les régulateurs ne disposent pas d’informations suffisantes pour proposer des solutions alternatives (comme le refroidissement par air ou l’utilisation d’énergies renouvelables). Enfin, elle empêche les consommateurs de faire des choix éclairés sur l’empreinte écologique des services numériques qu’ils utilisent.
Face à ce constat, plusieurs pistes sont évoquées pour améliorer la situation. Certains experts plaident pour une *réglementation européenne contraignante*, imposant des rapports standardisés et vérifiables par des organismes indépendants. D’autres suggèrent la création d’un *label écologique* pour les datacenters les plus vertueux, afin d’inciter les entreprises à adopter des pratiques plus transparentes. Enfin, des initiatives citoyennes et associatives, comme *GreenIT.fr* ou *The Shift Project*, militent pour une meilleure sensibilisation du public et une pression accrue sur les acteurs du numérique. Ces solutions restent cependant au stade de propositions, faute de volonté politique forte à l’échelle européenne.

