Changements climatiques : le Canada n’est pas à l’abri de crues meurtrières
La fonte des glaciers au Canada pourrait causer des événements de même nature, selon des experts..
Des crues dévastatrices ont frappé la frontière entre le Tibet et le Népal, causant la mort de près de 700 personnes et laissant 3 000 autres portées disparues. Selon la communauté scientifique, ces inondations catastrophiques sont intensifiées par les changements climatiques. L’effondrement d’un glacier a été identifié comme l’élément déclencheur de cette tragédie. Les images de coulées de boue torrentielles ensevelissant des vallées himalayennes ont marqué les esprits. Les glissements de terrain ne sont pas rares dans cette région, surtout pendant la mousson, mais la chute de glaciers et les torrents qui en découlent sont aggravés par la hausse des températures. Les parois rocheuses en haute altitude, autrefois stabilisées par la glace toute l’année, deviennent instables en raison du réchauffement.
Bien que les conditions géographiques du Népal (vallées étroites et pentes abruptes) amplifient les risques, le Canada n’est pas à l’abri de phénomènes similaires. Le pays abrite la plus grande superficie de glaciers au monde, soit 200 000 km², principalement situés dans l’Arctique et l’Ouest canadien. Les glaciers des Rocheuses, en Alberta et en Colombie-Britannique, présentent un risque potentiel d’effondrement, surtout en haute altitude. Selon Magali Rizza, professeure à l’UQAM, une combinaison de fortes pentes et de gorges étroites pourrait provoquer un événement comparable, bien que moins meurtrier qu’au Népal en raison de la faible densité de population dans ces régions (environ 1 personne par km² contre 235 au Népal). Cependant, si une telle catastrophe survenait près d’un centre urbain ou d’un barrage hydroélectrique, les conséquences pourraient être graves.
Les glaciers canadiens subissent un recul marqué et accéléré en raison du réchauffement climatique. Une étude publiée en 2025 révèle que les glaciers de l’Ouest canadien ont perdu près de 23 % de leur volume entre 2000 et 2023. Michel Baraër, professeur à l’École de technologie supérieure (ETS), souligne que cette déstabilisation des milieux glaciaires augmente considérablement le risque d’effondrements. Bien que ces événements ne soient pas uniquement liés aux changements climatiques, leur probabilité est aujourd’hui bien plus élevée qu’il y a 100 ans. La transformation rapide des glaciers en fait des systèmes instables, difficiles à surveiller en temps réel.
Les experts reconnaissent que les glissements de terrain liés à l’effondrement des glaciers sont de plus en plus étudiés, notamment dans les zones à risque. Cependant, ces phénomènes surviennent souvent de manière quasi instantanée, ce qui rend leur détection difficile. En 2024, un glissement de terrain causé par l’effondrement d’un glacier en Suisse avait rasé un village, mais les autorités avaient pu évacuer la population grâce à une surveillance préalable. Magali Rizza souligne que, malgré les progrès, personne n’est jamais totalement préparé à ces catastrophes. Elle note que même dans des régions comme le Népal, où le risque est connu, les événements peuvent survenir de manière imprévisible. Les experts soulignent l’importance d’étudier davantage les glaciers pour anticiper les risques.
Plusieurs acteurs clés interviennent dans la compréhension et la gestion des risques liés aux glaciers. Magali Rizza, professeure au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, et Michel Baraër, professeur à l’École de technologie supérieure (ETS), sont des experts cités dans l’article. Leurs travaux portent sur les glissements de terrain, la glaciohydrologie et les impacts des changements climatiques. Les institutions comme l’UQAM et l’ETS jouent un rôle central dans la recherche et la sensibilisation. Les autorités locales et les communautés concernées sont également impliquées dans la surveillance et l’évacuation, comme l’a montré l’exemple suisse. Enfin, les médias, comme Radio-Canada, contribuent à informer le public sur ces enjeux.

