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Culture

Rick Baker : « Je suis juste un gars très, très étrange »

Trois Couleurs · mis à jour il y a 7 j

Courtisé par les plus grandes stars et porté aux nues par nombre de cinéastes, Rick Baker fut le premier lauréat d’un Oscar dédié aux effets spéciaux de maquillage pour « Le Loup-garou de Londres », en 1982. Au fil de ses quarante années de carrière, il reçoit six autres statuettes et s’impose comme la référence incontournable en la matière, avec des films comme « Greystoke », « Videodrome », « Ed Wood » et la série des « Men in Black ».

Enfance et passion

Rick Baker, maquilleur spécialisé dans les effets spéciaux, explique que sa fascination pour les monstres remonte à son enfance. Il se décrit lui-même comme un enfant « très, très étrange » et souligne qu’il a grandi dans la première génération à avoir eu accès à la télévision aux États-Unis. Les films d’horreur diffusés le week-end ont nourri son intérêt, mais c’est surtout la création des monstres qui l’a captivé. Il se posait des questions techniques, comme la façon dont une tête de créature pouvait être carrée ou comment un acteur pouvait être recouvert de poils pour ressembler à un loup. Son amour pour ce métier s’est renforcé en lisant le magazine Famous Monsters of Filmland, qui révélait que fabriquer des monstres était un métier à part entière. Il a alors décidé de devenir maquilleur d’effets spéciaux, inspiré par les artistes qu’il admirait.

Changement de l'industrie

Dans les années 1970, l’industrie du cinéma américain a connu une transformation majeure. Pendant des décennies, Hollywood était dominé par le népotisme : il fallait faire partie d’une famille liée au cinéma pour y obtenir un poste. Cependant, de nombreuses productions ont émergé en dehors du système traditionnel, offrant des opportunités à des artistes comme Rick Baker, issu d’un milieu modeste et totalement étranger au milieu du cinéma. Cette ouverture a coïncidé avec un essor des maquillages d’effets spéciaux, marquant le début d’une ère où des talents comme Baker ont pu s’imposer. Ce changement a permis à une nouvelle génération de créateurs de contribuer à des films emblématiques.

Influence de Dick Smith

Dick Smith, maquilleur américain renommé pour ses travaux sur des films comme L’Exorciste et Le Parrain, a joué un rôle clé dans l’évolution des effets spéciaux. Dans les années 1950, il a commencé à travailler à la télévision avant de développer des techniques innovantes pour répondre à des demandes plus complexes. Contrairement aux autres maquilleurs de l’époque, il a inventé ses propres méthodes, souvent supérieures à celles utilisées à Hollywood. Plus tard, il a partagé ses connaissances avec des aspirants comme Rick Baker, devenant une figure paternelle pour toute une génération. Cette transmission des savoirs a permis à l’industrie de progresser rapidement. Aujourd’hui, les effets spéciaux n’ont jamais été aussi avancés, et cette collaboration ouverte a contribué à leur démocratisation mondiale.

Artiste et comédien

Rick Baker considère que le métier de créateur de monstres nécessite aussi un talent d’acteur. Il explique que beaucoup de maquilleurs rêvaient de devenir des transformistes comme Lon Chaney, acteur célèbre pour ses rôles dans des films muets comme Le Fantôme de l’opéra. Pour s’assurer que ses créations n’entravaient pas les mouvements des comédiens, Baker testait systématiquement les masques sur son propre visage avant de les utiliser sur un plateau. Il a également joué des rôles dans plusieurs films, notamment des singes dans King Kong (1976) ou un dealer dans Série Noire pour Nuit Blanche. Son expérience de comédien lui a permis de mieux comprendre les besoins des acteurs et d’améliorer ses créations.

Refus de la réalisation

Malgré plusieurs propositions, Rick Baker a toujours refusé de se lancer dans la réalisation de films. Il explique que cette décision est motivée par deux raisons principales. D’abord, il se décrit comme une personne trop sensible : il craint de ne pas supporter les critiques ou les échecs éventuels d’un film qu’il aurait réalisé. Ensuite, il précise que son objectif a toujours été de se consacrer exclusivement aux effets spéciaux, un métier qu’il affectionne profondément. Pour lui, devenir réalisateur aurait signifié s’éloigner de sa passion première, ce qu’il n’était pas prêt à faire. Cette position reflète son attachement à son domaine de prédilection.

Gestion d'un studio

Dans les années 1990 et 2000, le studio de Rick Baker, Cinovation, est devenu un acteur majeur de l’industrie des effets spéciaux. Avec des centaines d’employés, il a travaillé sur des films comme Gremlins 2, Men in Black, La Planète des singes ou Le Grinch. Bien que ces projets aient fait de lui un superviseur plutôt qu’un artisan, Baker a toujours veillé à rester impliqué dans la conception des créatures, sculptant au moins un personnage par film. Il appréciait particulièrement la collaboration avec d’autres artistes et le partage de leurs idées innovantes. Aujourd’hui, il considère que ce qui lui manque le plus depuis sa retraite, c’est cette dynamique créative collective.

Ce que ça pourrait changer

Rick Baker a pris sa retraite après avoir constaté qu’il ne s’amusait plus dans son métier. À 76 ans, il souffre d’arthrose, a été opéré de la cataracte et ressent les effets du vieillissement sur son corps. Conscient que ses capacités physiques pourraient un jour l’empêcher de créer, il a choisi de quitter le cinéma pour se consacrer à des projets personnels, comme il le faisait enfant dans sa chambre. Il décrit cette décision comme un retour aux origines, où il bricolait des monstres pour son plaisir. Pour lui, cette retraite n’est pas une fin, mais une nouvelle étape où il peut continuer à créer librement, sans les contraintes de l’industrie.

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