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Société

Un pigeon espagnol comprend-il un pigeon français?

Slate FR · mis à jour 28 sept.

[L'Explication #289] En somme, les animaux ont-ils des accents régionaux?.

Communication animale flexible

Les découvertes scientifiques récentes montrent que la communication animale est bien plus complexe et adaptable qu’on ne le pensait auparavant. Contrairement à une idée reçue, les animaux ne se limitent pas à des cris innés ou génétiquement déterminés : ils peuvent modifier leurs vocalisations en fonction de leur environnement social ou géographique. Par exemple, des chimpanzés déplacés d’un zoo néerlandais vers un zoo écossais ont progressivement adopté des cris plus graves, s’alignant sur ceux de leurs nouveaux congénères. Cette capacité d’adaptation suggère que les animaux ont une forme de « flexibilité communicative », similaire à l’apprentissage d’un accent ou d’un dialecte chez les humains. Les scientifiques parlent alors de dialectes animaux pour désigner ces variations régionales de sons ou de modes de production vocale au sein d’une même espèce.

Chimpanzés et adaptation vocale

Une étude publiée dans la revue Current Biology a mis en évidence un phénomène d’adaptation vocale chez les chimpanzés. Dans cette expérience, des spécimens originaires des Pays-Bas ont été déplacés vers un zoo en Écosse. Initialement, leurs cris associés à la nourriture (food-grunt) étaient plus aigus, typiques des chimpanzés néerlandais. Après plusieurs mois, leurs vocalisations sont devenues plus graves et se sont rapprochées de celles des chimpanzés écossais. Ce changement démontre que les vocalisations animales ne sont pas entièrement déterminées par la génétique, mais peuvent évoluer sous l’influence de l’environnement social. Les chercheurs y voient une forme d’accent local, où les animaux ajustent leur communication pour s’intégrer à un nouveau groupe.

Baleines et dialectes géographiques

Les baleines à bosse, bien que partageant les mêmes capacités anatomiques pour produire des sons, développent des vocalisations distinctes selon leur région d’origine. Plusieurs études ont révélé que les chants de ces cétacés, transmis de génération en génération, évoluent différemment selon les populations. Par exemple, deux groupes vivant dans des zones éloignées géographiquement ne peuvent pas comprendre les chants de leurs voisins, car des différences nettes se creusent au fil du temps. Ces variations régionales, comparables à des dialectes humains, soulignent l’importance de l’apprentissage et du contexte géographique dans la communication animale. L’article évoque même, de manière humoristique, la possibilité que certains groupes développent un « accent ch’ti » ou « marseillais » !

Dauphins et sifflements individuels

Chez les grands dauphins, chaque individu possède un sifflement signature, une sorte d’identifiant vocal unique. Une étude portant sur six populations de grands dauphins en Méditerranée a identifié 168 types de sifflements différents. Les résultats montrent que ces sifflements varient selon le lieu géographique, la taille des groupes et l’environnement. Par exemple, les dauphins vivant dans des zones riches en herbiers marins, comme à Lampedusa ou Port-Cros, produisent des sifflements plus aigus et plus courts que ceux évoluant dans des milieux aux fonds boueux. Cette diversité suggère que l’environnement physique influence directement la manière dont les animaux communiquent, au-delà d’une simple adaptation culturelle.

Poissons et oiseaux : accents régionaux

D’autres espèces, comme les carpes et les oiseaux, développent également des variations régionales de vocalisations. Chez les carpes, ces différences pourraient jouer un rôle dans la reconnaissance entre individus, le choix d’un partenaire ou l’évaluation d’une menace. Pour les oiseaux, une étude britannique sur des pinsons a montré que leurs vocalisations ne sont pas innées, mais apprises au contact de leurs congénères. Un cas emblématique est celui des bruants jaunes introduits en Nouvelle-Zélande depuis l’Angleterre au XIXe siècle : après des générations de séparation, leurs chants diffèrent désormais de ceux de leurs cousins britanniques, avec des motifs répétés ou des pauses de durée variable. Ces variations s’apparentent à des dialectes, où le message général reste compréhensible, mais la forme change.

Ce que ça pourrait changer

Si un pigeon français se retrouvait en Espagne, ou inversement, il est probable qu’il puisse comprendre son congénère malgré des différences de *dialecte*. Les pigeons, comme d’autres oiseaux, ajustent leurs roucoulements en fonction de leur environnement social et géographique. Bien que leurs vocalisations ne soient pas identiques à celles des humains, ces variations régionales permettent une communication de base. L’article souligne que, contrairement à un scénario de dessin animé, la réalité est moins spectaculaire : les pigeons ne parlent pas français ou espagnol, mais leurs *dialectes* animaux restent suffisamment proches pour éviter une incompréhension totale. Les différences existent, mais elles n’empêchent pas une interaction minimale entre individus de régions éloignées.

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