Laure Moriot, pompière atteinte d’un cancer : «C’est un métier qui nous détruit de l’intérieur»
Habitante de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, Laure Moriot est pompière professionnelle en Seine-Maritime et mère de famille. Victime d’un double cancer possiblement lié à son métier, elle alerte sur l’exposition des soldat·es du feu aux polluants.
Laure Moriot est une pompière en Seine-Maritime qui a été diagnostiquée avec deux cancers en 2024 et 2025. Le premier concernait sa thyroïde, avec des nodules cancéreux nécessitant une opération, tandis que le second était un cancer du sein ayant entraîné une mastectomie (ablation du sein gauche), une perte de ses ganglions et de ses cheveux. Ces maladies surviennent après une exposition prolongée à des substances toxiques liées à son métier. Elle est actuellement en arrêt maladie depuis un an pour suivre des traitements contre ces cancers. Son cas illustre les risques sanitaires auxquels sont confrontés les pompiers en raison de leur exposition à des produits chimiques dangereux.
Les PFAS (per- et polyfluoroalkylées) sont des molécules chimiques appelées « polluants éternels » car elles ne se dégradent pas naturellement dans l’environnement. Elles sont utilisées pour leurs propriétés imperméabilisantes, notamment dans les tenues des pompiers, les mousses anti-incendies et certains produits du quotidien comme les poêles antiadhésives ou les cosmétiques. Ces substances peuvent perturber le système hormonal et favoriser l’apparition de cancers. En 2026, Laure Moriot a découvert qu’elle avait été surexposée à ces PFAS, ce qui pourrait expliquer ses cancers, d’autant qu’aucun facteur génétique n’a été identifié dans son cas.
Laure Moriot souligne que son métier de pompière, bien qu’engageant et passionnant, comporte des risques majeurs pour la santé. Elle évoque la question : « Est-ce que mon métier est en train de me tuer ? », reflétant l’inquiétude partagée par de nombreux collègues. En France, les pompiers sont de plus en plus touchés par des cancers, avec des études internationales (notamment américaines) confirmant cette tendance. Quatre types de cancers sont désormais reconnus comme maladies professionnelles pour les pompiers depuis 2025, dont ceux de la vessie et du foie, mais pas celui du sein, qui touche pourtant des collègues comme elle.
Certains services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) prennent des mesures pour réduire l’exposition aux PFAS. Par exemple, le SDIS de Seine-Maritime a remplacé les mousses anti-incendies contenant des PFAS par des alternatives non fluorées, malgré un coût élevé de plusieurs milliers d’euros. Des réflexions sont également menées sur les textiles des tenues de pompiers, avec des matériaux sans PFAS disponibles. Laure Moriot a également adopté des gestes quotidiens pour limiter son exposition, comme remplacer ses poêles en Téflon (un PFAS) par des modèles en pierre ou en inox, ou utiliser des carafes en verre avec des filtres à charbon actif pour purifier l’eau.
La reconnaissance des cancers comme maladies professionnelles pour les pompiers reste un combat. Depuis 2025, seuls quatre cancers sont officiellement reconnus, dont celui de la vessie et du foie, mais pas celui du sein, qui peut toucher aussi bien les femmes que les hommes. Laure Moriot souligne que cette reconnaissance est cruciale pour obtenir une prise en charge médicale et financière, mais elle déplore que le processus soit lent et incomplet. Elle s’interroge : « Combien de vies faudra-t-il encore sacrifier ? », pointant du doigt le retard des autorités à agir.
Laure Moriot participe à une mobilisation nationale des pompiers le 29 septembre 2026 à Paris pour alerter sur les risques sanitaires liés à leur métier et exiger des moyens supplémentaires. Elle critique l’hypocrisie des prises de parole gouvernementales, qui promettent des solutions lors des crises (comme les feux de forêt) mais ne suivent pas par des actes concrets. Elle évoque un été 2026 marqué par des feux de forêt dévastateurs, où les pompiers ont travaillé dans des conditions dangereuses, souvent sans équipement adapté, en raison de budgets insuffisants dans les SDIS à travers la France.
Laure Moriot mentionne plusieurs de ses collègues en Seine-Maritime atteints de cancers, dont une femme ayant vécu une expérience similaire à la sienne et un collègue décédé en six mois. Elle souligne que même si les services médicaux et les SDIS prennent peu à peu conscience du problème, le combat reste personnel pour chaque pompier touché. Elle insiste sur l’urgence de briser le tabou autour de ces maladies, tout en reconnaissant que les SDIS, souvent sous-financés, hésitent à aborder ce sujet en raison des coûts associés à la prévention et à la protection des agents.

