Économie russe : le Kremlin tire profit des frappes de drones ukrainiens pour accélérer sa saisie d’actifs
Le succès de la campagne ukrainienne pourrait produire un effet inattendu : permettre au Kremlin de renflouer ses caisses. L’article Économie russe : le Kremlin tire profit des frappes de drones ukrainiens pour accélérer sa saisie d’actifs est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Le 24 août 2026, Vladimir Poutine a signé un décret présidentiel permettant à l’État russe de placer sous tutelle temporaire des infrastructures jugées critiques pour la sécurité ou l’économie du pays. Ce décret couvre des secteurs variés comme l’énergie, l’industrie, les télécommunications, les transports ou le nucléaire. Il autorise l’État à intervenir dès qu’une entreprise est considérée comme défaillante dans la protection de ses installations ou ne répare pas les dégâts causés par des attaques. Les actifs concernés sont alors gérés par l’Agence fédérale de gestion des biens de l’État (Rosimushchestvo), qui en assure la conservation et l’exploitation. Cette mesure vise à répondre aux frappes répétées de drones ukrainiens, qui ont ciblé au moins 70 raffineries de pétrole depuis le début de l’année 2026.
Le Premier vice-Premier ministre russe, Denis Mantourov, a précisé que cette intervention ne constituait ni une nationalisation ni un changement de propriété des entreprises, mais une gestion temporaire pour résoudre des problèmes de sécurité. Il a insisté sur le caractère ponctuel et réfléchi de ces mesures, excluant une application généralisée. Cependant, le décret offre une grande marge de manœuvre au Kremlin, car la définition des infrastructures critiques reste très large. Cette justification vise à rassurer les acteurs économiques tout en légitimant l’action de l’État, présentée comme une réponse à des menaces concrètes pesant sur la stabilité du pays.
Depuis 2022, la valeur des actifs saisis par l’État russe a été multipliée par sept, atteignant 3 120 milliards de roubles (31,6 milliards d’euros) en 2025. Ces saisies reposent principalement sur la loi de 2008 sur les sociétés stratégiques, qui permet à l’État de confisquer des actifs si leurs propriétaires sont jugés hostiles aux intérêts russes. Parmi les cibles privilégiées figurent les entreprises détenues par des investisseurs étrangers ou des entrepreneurs russes liés à l’étranger. Ces actifs sont ensuite redistribués à des proches du régime ou revendus pour renflouer les caisses de l’État, avec un montant déjà atteint de 900 milliards de roubles (9,1 milliards d’euros) en ventes ou transferts depuis 2022.
Plusieurs cas illustrent cette stratégie de saisie et de redistribution. En 2024, les activités laitières russes du groupe français Danone ont été cédées à Vamin Tatarstan, une entreprise liée à un homme d’affaires proche du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov. Les activités russes de la brasserie Carlsberg ont été confiées à Taimouraz Bolloïev, un allié de longue date de Poutine. Enfin, l’oligarque Andreï Kossogov a récupéré 82,6 % d’Alfa-Bank et d’AlfaStrakhovanie, devenant l’un des principaux bénéficiaires de ces redistributions. Ces exemples montrent comment l’État russe utilise ces mécanismes pour consolider son contrôle économique et politique.
Pour le Kremlin, cette politique de saisie et de nationalisation présente deux avantages majeurs. D’abord, elle permet de *renflouer les caisses de l’État* grâce à la revente ou à l’exploitation des actifs confisqués, représentant environ 0,5 % du PIB russe en 2026. Ensuite, elle renforce le contrôle du pouvoir sur l’économie en redistribuant ces actifs à des acteurs fidèles au régime. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de *centralisation économique*, où l’État joue un rôle accru dans la gestion des ressources stratégiques. Elles répondent également à la pression des sanctions internationales et aux difficultés économiques liées à la guerre en Ukraine.

