Le réchauffement climatique, premier responsable de la surchauffe des mers européennes
Une étude du collectif World Weather Attribution ( WWA ), parue le 19 août, alerte sur la surchauffe des mers européennes cet été, sous l'effet du réchauffement climatique. « Cette année, les températures élevées de surface de la mer ont été remarquables non seulement par leur intensité, mais aussi par leur précocité », conclut l'équipe de chercheurs.
Les mers européennes connaissent une augmentation record de leur température depuis plusieurs décennies. Selon les données de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la température moyenne des eaux en Europe a augmenté de 0,06°C par an entre 1990 et 2020. Cette tendance s’accélère depuis 2010, avec des pics de chaleur dépassant parfois 2°C au-dessus des moyennes historiques en Méditerranée et en mer du Nord. Les scientifiques désignent ce phénomène par le terme surchauffe marine, qui désigne une élévation anormale et prolongée des températures océaniques. Cette situation est particulièrement préoccupante car les océans absorbent plus de 90 % de l’excès de chaleur lié au réchauffement climatique, jouant ainsi un rôle de régulateur thermique pour la planète.
Le réchauffement climatique est identifié comme le principal responsable de cette surchauffe des mers européennes. Les émissions de gaz à effet de serre (GES), comme le dioxyde de carbone (CO₂) ou le méthane (CH₄), piègent la chaleur dans l’atmosphère et réchauffent progressivement les océans. Une étude publiée en 2023 par le Service Copernicus de surveillance des océans (CMEMS) montre que 90 % de l’excès de chaleur dû aux activités humaines depuis 1970 a été absorbé par les mers. Les chercheurs soulignent que cette absorption massive de chaleur perturbe les écosystèmes marins, favorise la prolifération d’algues toxiques et menace des espèces comme le corail ou le plancton, base de la chaîne alimentaire océanique.
La hausse des températures océaniques a des impacts directs sur la biodiversité marine. En Méditerranée, par exemple, la mortalité massive des gorgones (des coraux non calcaires) a été observée dès 2022, avec des taux de mortalité dépassant 50 % dans certaines zones. Les scientifiques attribuent ce phénomène à des vagues de chaleur marines, comparables aux canicules terrestres, mais en milieu aquatique. Ces événements, de plus en plus fréquents, durent parfois plusieurs semaines et tuent les espèces incapables de s’adapter rapidement. Par ailleurs, le réchauffement favorise l’arrivée d’espèces invasives, comme la méduse Mnemiopsis leidyi, qui concurrence les poissons locaux et perturbe les écosystèmes.
Les conséquences de la surchauffe des mers ne se limitent pas à l’environnement : elles touchent aussi l’économie européenne. Le secteur de la pêche est particulièrement vulnérable, avec des rendements en baisse dans plusieurs pays. En France, par exemple, la production de coquilles Saint-Jacques en Bretagne a chuté de 30 % entre 2010 et 2020, en partie à cause du réchauffement des eaux. Les industries côtières, comme le tourisme ou l’aquaculture, subissent également des pertes. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que les pertes économiques liées à la dégradation des écosystèmes marins pourraient atteindre 10 milliards d’euros par an en Europe d’ici 2050 si la tendance se poursuit.
Face à cette crise, des institutions européennes appellent à des mesures urgentes. En 2021, la *Commission européenne* a adopté la *Stratégie pour la protection des océans*, visant à réduire les émissions de GES et à protéger **30 % des zones marines** d’ici 2030. Cependant, des associations comme *Greenpeace* ou *Reporterre* critiquent le manque d’ambition de ces plans, soulignant que les objectifs actuels ne suffiront pas à inverser la tendance. En France, des scientifiques et des élus locaux demandent la création de *sanctuaires marins* et une réduction drastique des émissions industrielles. Le débat porte aussi sur la nécessité de limiter le réchauffement global à **1,5°C**, comme le préconise l’*Accord de Paris* de 2015, pour éviter un effondrement des écosystèmes océaniques.

