Anna Politkovskaïa, tuée il y a vingt ans : en Russie
La journaliste russe Anna Politkovskaïa, qui enquêtait notamment sur la guerre de Tchétchénie, avait été tuée par balles le 7 octobre 2006 dans la cage d’escalier de son immeuble, à Moscou, à l’âge de 48 ans. Rares sont les médias russes à avoir évoqué cet anniversaire..
Anna Politkovskaïa était une journaliste russe d’investigation née en 1958 et assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, à l’âge de 48 ans. Elle travaillait pour Novaïa Gazeta, un média indépendant russe basé à Moscou, connu pour son engagement en faveur de la liberté de la presse et des droits humains. Politkovskaïa s’est particulièrement illustrée par ses enquêtes sur la guerre en Tchétchénie, une région du sud de la Russie où des conflits armés ont opposé les forces russes aux indépendantistes tchétchènes entre 1994 et 2009. Ses reportages dénonçaient les violations des droits humains commises par les deux camps, notamment les actes de torture et les exécutions sommaires. Elle critiquait également ouvertement le pouvoir de Vladimir Poutine, président de la Russie depuis 2000, et celui de Ramzan Kadyrov, chef de la Tchétchénie depuis 2007, accusé de répression violente contre les opposants.
Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa a été abattue par balles dans la cage d’escalier de son immeuble à Moscou. Elle avait quitté son domicile pour acheter du lait et des médicaments pour sa mère malade. Son assassinat a eu lieu le jour même où elle devait remettre à Novaïa Gazeta un article détaillant des actes de torture attribués aux autorités tchétchènes. L’arme utilisée était un pistolet Makarov, un modèle d’arme à feu couramment employé par les forces de l’ordre en Russie. L’enquête a révélé que plusieurs hommes, liés à des milieux proches des services de sécurité russes, avaient participé à l’organisation du meurtre. Cependant, l’instigateur du crime n’a jamais été identifié.
Anna Politkovskaïa a mené un travail de défense des droits humains tout au long de sa carrière. Elle s’est notamment intéressée aux victimes de la prise d’otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002, où plus de 800 personnes avaient été retenues par des terroristes tchétchènes. Elle a documenté les conditions de détention des otages et les méthodes utilisées par les forces spéciales russes lors de l’assaut, qui avaient causé la mort de 130 otages. Politkovskaïa a aussi soutenu les familles des soldats russes tués lors des conflits en Tchétchénie, en révélant les conditions inhumaines de leur engagement et les mensonges des autorités sur le nombre réel de victimes.
En 2014, cinq hommes ont été condamnés pour leur participation directe ou indirecte à l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Parmi eux figuraient des membres d’un groupe criminel lié aux services de sécurité russes. Cependant, ces condamnations n’ont pas permis d’identifier les commanditaires du meurtre, laissant de nombreuses questions sans réponse. Le crime est prescrit depuis le 7 octobre 2021, ce qui signifie qu’aucune nouvelle enquête ne peut être ouverte. En Russie, les médias proches du pouvoir ont presque passé sous silence cet anniversaire, se contentant parfois d’évoquer l’affaire sous l’angle judiciaire.
Vingt ans après sa mort, l’anniversaire de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa a été peu commémoré en Russie. Les médias fidèles au pouvoir, comme ceux contrôlés par l’État, ont choisi de ne pas en parler ou de traiter l’affaire uniquement à travers le prisme judiciaire. Seuls quelques médias indépendants ou en ligne, comme *Life.ru*, ont évoqué cet anniversaire. Cette absence de couverture reflète une tendance plus large en Russie, où les sujets sensibles liés aux droits humains, à la corruption ou aux critiques envers le gouvernement sont souvent censurés ou minimisés. Les fleurs déposées devant l’immeuble où elle vivait à Moscou restent l’un des rares hommages visibles.

