En Saxe-Anhalt « l’AfD a écrit l’histoire »
Le discours d'une victoire inédite de l’extrême droite en Allemagne L’article En Saxe-Anhalt « l’AfD a écrit l’histoire » est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’Alliance pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD) a remporté les élections régionales du 6 septembre 2026 en Saxe-Anhalt avec 44 % des voix, un score inédit pour l’extrême droite allemande depuis la Seconde Guerre mondiale. Ulrich Siegmund, tête de liste et coprésident du groupe parlementaire AfD au Landtag (parlement régional), a qualifié ce résultat de « victoire historique » et de « laboratoire politique » pour l’extrême droite européenne. Ce score dépasse largement celui de la CDU (Union chrétienne-démocrate), qui est passée de 37,1 % en 2021 à environ 20 % en 2026. L’AfD a ainsi plus que doublé son résultat de 2021, marquant un tournant dans le paysage politique allemand. Siegmund, 36 ans, ancien vendeur spécialisé dans les parfums d’intérieur, a axé sa campagne sur une image accessible, multipliant les selfies avec les électeurs, tout en déléguant la dimension idéologique à des figures comme Hans-Thomas Tillschneider, universitaire spécialiste de l’islam et proche de Björn Höcke.
L’AfD de Saxe-Anhalt a adopté en avril 2026 un programme de gouvernement de 156 pages, intitulé « Vision 2026 », qui vise à transformer la région en un « phare de la politique du bon sens » (ein Leuchtturm einer Politik des gesunden Menschenverstandes). Ce document, contenant 302 mesures, propose notamment la « remigration » (renvoi d’immigrés) à plus de dix reprises, ainsi que des réformes radicales dans les domaines de l’éducation, de la culture et des médias. Par exemple, il prévoit de réserver un quart des lycées à une génération spécifique et de subordonner les subventions culturelles à une « déclaration de loyauté patriotique ». Le programme s’inscrit dans une logique de « guerre culturelle », visant à imposer une vision conservatrice et identitaire avant même d’accéder au pouvoir. Il a été élaboré avec l’aide de la « Plateforme patriotique » (Patriotische Plattform), un courant interne à l’AfD fondé en 2014 par Tillschneider.
Ulrich Siegmund a adopté une stratégie en deux volets pour séduire les électeurs : d’un côté, une communication grand public axée sur l’image d’un homme proche et accessible, notamment via son compte TikTok, l’un des plus populaires de la scène politique allemande ; de l’autre, une délégation des aspects idéologiques à des figures comme Tillschneider, connu pour ses prises de position radicales. Cette division du travail a permis à l’AfD de présenter une façade plus modérée tout en conservant un programme profondément conservateur et anti-système. Siegmund a par exemple promis de dénoncer le traité liant la Saxe-Anhalt à l’audiovisuel public, comme la ZDF, une mesure symbolique de sa volonté de rompre avec les institutions traditionnelles. Cette approche a contribué à normaliser l’image de l’AfD dans l’opinion publique, malgré son classement par l’Office pour la protection de la Constitution (Verfassungsschutz) comme parti « d’extrême droite ».
La Saxe-Anhalt est un Land (région) allemand marqué par une histoire particulière : berceau de la Réforme protestante (Martin Luther, Wittenberg), de l’école du Bauhaus (Dessau) et de l’ancienne RDA. C’est aussi un territoire où l’extrême droite a déjà connu des succès électoraux, comme en 1998, lorsque le parti DVU (Deutsche Volksunion) y avait obtenu 12,9 % des voix. La région abrite également le domaine de Schnellroda, siège de l’Institut de politique d’État (Institut für Staatspolitik) jusqu’en 2024, un foyer de la « Nouvelle Droite » allemande, inspirée par la pensée gramscienne. Cette école prône une « révolution culturelle » avant toute prise de pouvoir politique, en cherchant à imposer une hégémonie idéologique dans les domaines de l’éducation et des médias. Tillschneider, figure centrale de cette mouvance, a par exemple critiqué le Bauhaus en 2019, le qualifiant d’« impasse » architecturale.
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt a provoqué des réactions contrastées en Allemagne. Claudia Wittig, candidate du parti de gauche pro-russe *Bündnis Sahra Wagenknecht* (BSW), a évoqué la possibilité d’une coopération politique avec l’AfD, suggérant un modèle de *« majorités flexibles »*, inspiré du *« modèle de Magdebourg »* (1994-2002), où le SPD avait toléré un gouvernement minoritaire avec le PDS, héritier du parti unique de l’ex-RDA. Siegmund, quant à lui, a insisté sur la nécessité de gouverner en restant fidèle à ses valeurs, rejetant toute idée de modération. Il a également évoqué une *« secousse »* politique touchant toute l’Allemagne, où les autres partis, comme la CDU, seraient « punis » pour avoir abandonné le terrain conservateur. Le résultat de l’AfD pourrait ainsi influencer les stratégies des autres partis, notamment en vue des prochaines élections fédérales.

