« Une étape sans précédent » : un satellite militaire russe traque un satellite radar utilisé par l’Ukraine
Depuis le 16 octobre 2026, le satellite militaire russe Kosmos 2612 vole à quelques kilomètres, voire quelques centaines de mètres, d'ICEYE-X36, un satellite radar commercial dont l'Ukraine utilise les images. Pour l'astrophysicien Jonathan McDowell, c'est le premier rendez-vous connu en orbite basse entre deux satellites actifs sans l'accord de l'un des propriétaires..
Le 16 octobre 2026, un satellite militaire russe nommé Kosmos 2612 s’est approché à quelques kilomètres, voire quelques centaines de mètres, d’un satellite civil finlandais, ICEYE-X36. Ce dernier est utilisé par l’Ukraine pour obtenir des images radar, notamment pour des missions de renseignement militaire. Selon l’astrophysicien Jonathan McDowell, il s’agit du premier cas connu où deux satellites actifs se rapprochent ainsi sans l’accord de l’un des propriétaires. ICEYE-X36 appartient à la société finlandaise ICEYE Oy, spécialisée dans les satellites à radar à synthèse d’ouverture (SAR), une technologie capable de capturer des images de la Terre à travers les nuages ou dans l’obscurité. L’Ukraine utilise ces images depuis 2022, et en 2024, 38 % des 4 200 images collectées par un satellite ICEYE ont servi à cibler des objectifs en zones occupées ou en Russie.
Les observations menées par l’astronome Marco Langbroek ont révélé que Kosmos 2612 a effectué une série de manœuvres entre fin septembre et le 16 octobre 2026 pour ajuster sa trajectoire et se rapprocher d’ICEYE-X36. Ces corrections, coûteuses en carburant, ont permis de réduire la distance entre les deux satellites de plus de 320 kilomètres à seulement 4,8 kilomètres en une journée, puis à quelques centaines de mètres ou moins le 18 octobre. Selon le think tank américain CSIS, un passage à environ 2,5 kilomètres avait déjà eu lieu le 26 mai 2026. Ces mouvements précis suggèrent une approche délibérée, qualifiée de RPO sans consentement (rendezvous and proximity operation), c’est-à-dire un rendez-vous orbital non autorisé. La société américaine LeoLabs a confirmé ces observations, soulignant la nécessité d’actions techniques complexes pour réaliser une telle manœuvre.
L’astronome Marco Langbroek, basé à l’université technique de Delft, a été le premier à alerter sur cette situation via le réseau social X. Il a souligné le caractère préoccupant de cette approche, évoquant même la possibilité d’une activité antisatellite (ASAT). Jonathan McDowell, astrophysicien spécialisé dans le suivi des satellites, a qualifié cette manœuvre de première mondiale si elle est confirmée. ICEYE-X36 est un satellite construit en Finlande mais immatriculé aux États-Unis, bien que son utilisation par l’Ukraine ne soit pas officiellement confirmée. La société finlandaise ICEYE n’a pas répondu aux demandes d’information. La Russie, de son côté, n’a pas commenté cette situation, mais Kosmos 2612 a été lancé depuis le cosmodrome de Plesetsk en avril 2026 avec cinq autres satellites militaires.
Les intentions derrière cette manœuvre restent incertaines. Marco Langbroek et LeoLabs évoquent plusieurs hypothèses : inspection du satellite, intimidation, ou même une possible activité antisatellite. Une action agressive pourrait entraîner la panne ou la destruction d’ICEYE-X36, mais il serait difficile d’en attribuer la responsabilité avec certitude. Le traité de l’espace de 1967, qui interdit les armes nucléaires en orbite, ne fixe aucune règle concernant les distances entre satellites. Jonathan McDowell estime que cette manœuvre ne viole pas ce traité, mais souligne l’absence de cadre juridique précis pour ce type de situation. À ce stade, aucune perturbation de la trajectoire d’ICEYE-X36 n’a été détectée, et son fonctionnement reste inconnu.
Les satellites à *radar à synthèse d’ouverture* (SAR) comme *ICEYE-X36* utilisent des ondes radar pour cartographier la Terre, indépendamment des conditions météorologiques ou de l’éclairement solaire. Cette technologie est particulièrement utile en temps de guerre, car elle permet de surveiller des zones même sous couvert de nuages ou de fumée. L’Ukraine utilise ces images depuis 2022, et en 2024, un satellite ICEYE financé par des dons a fourni 4 200 images, dont 38 % ont servi à des frappes militaires. La manœuvre de *Kosmos 2612* s’inscrit dans un contexte de tensions spatiales accrues, où plusieurs pays ont déjà testé des technologies antisatellites, comme l’Inde, la Chine, la Russie ou les États-Unis.

