La fiscalité et promesses électorales, de Duplessis à aujourd’hui
Plus un parti se rapproche du pouvoir, moins il aura tendance à proposer des hausses du fardeau fiscal..
Depuis 1944, la fiscalité est un thème récurrent des campagnes électorales québécoises, mais son importance varie selon les époques. Dans les années 1940-1950, elle sert à défendre l’autonomie provinciale face au gouvernement fédéral, notamment sous Maurice Duplessis. Dans les années 1960, elle finance la modernisation de l’État lors de la Révolution tranquille. Plus tard, elle devient un outil de débat sur la souveraineté du Québec ou sur la santé des finances publiques. Par exemple, en 1962, des chansons comme Le reel des taxes critiquaient les promesses fiscales des libéraux. Aujourd’hui, les partis rivalisent de promesses, comme des baisses d’impôts « historiques » ou des mesures ciblées pour les grandes fortunes, reflétant cette tradition de débats fiscaux en période électorale.
Les partis politiques québécois ciblent des groupes spécifiques avec leurs promesses fiscales, souvent pour des raisons électorales. Dans les années 1950-1960, ils visaient le « petit contribuable », puis la « classe moyenne » à partir des années 1970. Par exemple, Jean Charest affirmait en 2007 que le Parti libéral du Québec défendait « le lobby de la classe moyenne ». Depuis les années 1960, les cibles se précisent : aînés, familles, entreprises, etc. Les promesses prennent des formes variées : baisses d’impôts, crédits d’impôt ou exemptions. Les hausses d’impôts, moins populaires, sont rares et souvent réservées aux entreprises ou à des mesures temporaires, surtout en période de finances publiques dégradées.
Le contexte économique et politique influence fortement les promesses fiscales des partis. En période de croissance, les baisses d’impôts sont fréquentes, tandis qu’en cas de déficit public, les partis privilégient des mesures ciblées ou temporaires. Par exemple, après 1976, les partis au pouvoir évitent les hausses d’impôts, même à gauche comme le Parti québécois. Les idées circulent aussi entre partis : une mesure radicale proposée par un tiers parti peut être reprise, modérée, par un parti majeur. Ainsi, l’écofiscalité, popularisée par le Parti vert dans les années 2000, a été reprise par d’autres formations. En 1985, Robert Bourassa a même adopté une mesure du programme péquiste.
Les médias jouent un rôle clé dans la formulation des promesses fiscales, en exigeant toujours plus de transparence et de précision. Dans les années 1970-1980, les programmes électoraux sont devenus plus techniques, avec des colonnes de chiffres remplaçant le vocabulaire politique traditionnel. Des journalistes comme Alain Dubuc (La Presse) ont forcé les partis à clarifier leurs promesses, comme en 1985 avec Robert Bourassa ou en 1989 avec Jacques Parizeau. Cette exigence a aussi touché l’appareil gouvernemental : entre 1961 et 2012, chaque nouveau gouvernement découvrait des « trous » dans les finances publiques, justifiant des reports ou abandons de mesures. Depuis 2018, un rapport préélectoral préparé par le ministère des Finances limite ces surprises.
Le gouvernement fédéral influence régulièrement les débats fiscaux québécois, parfois de manière intentionnelle. Par exemple, en 1989, la taxe sur les produits et services (TPS) est devenue un enjeu électoral. En 2026, les États-Unis pourraient aussi peser sur les mesures fiscales proposées, en raison de leur impact économique. Le fédéral a aussi parfois libéré des marges de manœuvre financières, comme en 1989 où 700 millions de dollars ont permis à Jean Charest de financer des baisses d’impôts. Ces interactions montrent que la fiscalité québécoise ne se décide pas seulement à Québec, mais aussi à Ottawa ou à Washington.
La frontière entre partis de gouvernement et tiers partis s’estompe parfois, rendant les campagnes électorales plus imprévisibles. Par exemple, en 2026, les promesses fiscales pourraient être plus diversifiées en raison de cette porosité. Historiquement, les partis au pouvoir évitent les hausses d’impôts, tandis que les tiers partis osent des propositions plus radicales, comme l’écofiscalité. Cette dynamique crée une forme de compétition où les idées migrent du radical vers le centre, parfois édulcorées. Ainsi, les promesses fiscales de 2026 pourraient refléter cette tradition de circulation des idées, tout en s’adaptant aux enjeux contemporains comme l’économie américaine ou les finances publiques québécoises.

