L’Europe n’a représenté que 0, 3 % des satellites mis en orbite en 2025
L’accès à l’économie spatiale, s’il se diversifie, est de plus en plus concentré aux États-Unis. L’article L’Europe n’a représenté que 0,3 % des satellites mis en orbite en 2025 est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En 2025, l’Europe n’a représenté que 0,3 % des satellites mis en orbite dans le monde, un chiffre en forte baisse depuis 2011 où elle comptait encore 20,7 % des lancements. À cette époque, sa part était proche de celle des États-Unis (22,1 %). Cette évolution illustre un recul significatif de la présence européenne dans l’économie spatiale mondiale. Par exemple, en 2025, les États-Unis ont lancé plus de 4 000 satellites, la Chine 387 et la Russie 99, contre seulement 13 pour l’Europe. Cette situation s’inscrit dans un contexte où l’accès à l’espace se diversifie, mais reste très concentré entre les mains de quelques pays dominants. Les raisons de ce déclin incluent des défis technologiques, financiers et géopolitiques, ainsi qu’une concurrence accrue des acteurs américains et chinois.
En 2025, seulement 12 pays dans le monde sont capables de lancer eux-mêmes des satellites avec leurs propres fusées. Parmi eux, deux pays européens : la France, depuis 1965, et le Royaume-Uni, depuis 1971. Cette capacité, appelée autonomie spatiale, est un enjeu stratégique car elle permet de ne pas dépendre d’autres pays pour accéder à l’orbite terrestre. Les autres pays capables de lancer des satellites incluent les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud (depuis 2022) et la Nouvelle-Zélande (depuis 2018). Cette concentration s’explique par la complexité technologique et les investissements colossaux nécessaires pour développer des lanceurs spatiaux. Par ailleurs, l’accès à l’espace est de plus en plus dominé par les acteurs privés, notamment aux États-Unis, où des entreprises comme SpaceX jouent un rôle central.
La fabrication de satellites et de fusées dépend de matières premières critiques, c’est-à-dire des ressources rares et essentielles pour les technologies spatiales. Selon l’OCDE, sur les 29 matériaux critiques identifiés, 14 sont produits à plus de deux tiers par un seul pays, souvent la Chine. Par exemple, des métaux comme le tungstène, le cobalt ou les terres rares sont indispensables pour les composants électroniques et les systèmes de propulsion. Cette dépendance expose l’Europe à des risques géopolitiques et économiques, car une interruption des approvisionnements pourrait paralyser ses activités spatiales. Pour y remédier, l’Europe cherche à développer des filières locales et des alternatives technologiques, mais cela prendra du temps.
Pour répondre à ce déclin, la France et l’Allemagne organisent le 9 septembre 2026 un Sommet international sur l’Espace à Paris, réunissant 120 délégations étrangères, dont des chefs d’État, des scientifiques et des entreprises. L’objectif est de définir une ambition commune pour l’Europe spatiale d’ici 2035, comme l’a annoncé Emmanuel Macron en novembre 2025. Cependant, des tensions persistent entre Paris et Berlin, notamment sur le développement des lanceurs spatiaux. Par exemple, la start-up allemande Isar Aerospace a réussi en 2026 le premier lancement orbital commercial depuis le sol européen, tandis que l’Espagne et le Royaume-Uni développent aussi leurs propres fusées. Ces initiatives pourraient compléter le programme européen Ariane, dominé par la France, mais risquent aussi de disperser les investissements.
L’économie spatiale est marquée par une concurrence intense entre les États-Unis, la Chine et l’Europe. Les entreprises américaines, comme SpaceX de Elon Musk, prévoient de lancer jusqu’à 10 000 fusées par an d’ici 2030, ce qui illustre l’ampleur de la course technologique. Sous la pression de l’administration Trump, quatre entreprises américaines ont annulé leur participation au sommet de Paris, car elles craignent que leur présence soit interprétée comme un soutien aux positions politiques de l’Union européenne. Cette situation reflète les tensions géopolitiques autour de l’espace, où chaque puissance cherche à affirmer sa souveraineté. Pour l’Europe, l’enjeu est de concilier innovation, coopération et indépendance face à ces géants.
Face à la domination des grands acteurs comme *SpaceX* ou *ArianeGroup*, l’Europe mise sur l’émergence de *petits lanceurs*, des fusées moins puissantes mais plus flexibles et moins coûteuses. Des start-up comme l’allemande *Isar Aerospace*, l’espagnole *PLD Space* ou l’allemande *RFA* développent des solutions pour lancer des satellites plus petits, comme les *CubeSats* (des nanosatellites de quelques kilogrammes). Ces technologies permettent de réduire les coûts et d’accélérer les lancements, mais elles ne suffiront pas à combler le retard européen face aux États-Unis ou à la Chine. Leur succès dépendra de leur capacité à attirer des investissements et à s’intégrer dans une stratégie spatiale européenne cohérente.

