Stellantis : 97 % des travailleurs syndiqués votent en faveur d’un mandat de grève
Stellantis est le dernier des trois constructeurs automobiles américains à renégocier les contrats de travail..
Les travailleurs de Stellantis, un grand constructeur automobile, représentés par le syndicat Unifor en Ontario (Canada), ont voté à 97,3 % en faveur d’un mandat de grève lors d’un scrutin organisé ce week-end. Ce vote, qui concerne les employés des usines de Windsor, Toronto et Brampton, donne officiellement le pouvoir à Unifor d’organiser une grève si les négociations pour le renouvellement de leur convention collective n’aboutissent pas. Cependant, ce résultat ne signifie pas qu’une grève est imminente. Pour qu’elle puisse être déclenchée, une étape légale supplémentaire est nécessaire : ni Unifor ni Stellantis n’ont encore demandé un rapport de non-conciliation, une procédure obligatoire en Ontario avant tout arrêt de travail. Ce vote reflète une forte unité parmi les salariés, selon Lana Payne, présidente nationale d’Unifor, qui souligne leur détermination à obtenir une entente équitable protégeant leurs emplois dans l’industrie automobile canadienne.
Les négociations entre Unifor et Stellantis butent sur plusieurs sujets sensibles, notamment l’avenir de l’usine de Brampton. Stellantis a annoncé vouloir vendre ce site à Roshel, une entreprise spécialisée dans les véhicules blindés, ce qui inquiète le syndicat. Plus de 2 000 travailleurs de Brampton ont déjà été mis à pied en 2023, et la production du modèle Jeep Compass a été transférée aux États-Unis. Unifor craint que cette vente n’affecte les salaires, les régimes de retraite et les avantages sociaux des employés, ainsi que la chaîne d’approvisionnement automobile en Ontario. D’autres désaccords portent sur la sécurité d’emploi de l’ensemble des membres du syndicat et sur l’avenir des activités de Stellantis au Canada. Stellantis, de son côté, affirme vouloir négocier de bonne foi pour trouver une entente reconnaissant la contribution des employés tout en assurant la compétitivité de ses activités au Canada.
Le climat des négociations est tendu en raison de la situation économique difficile de Stellantis. À Windsor, où se trouvent environ 70 % des travailleurs syndiqués de Stellantis au Canada, l’usine est à l’arrêt depuis septembre 2023, avec des fermetures répétées de trois semaines, dont une nouvelle période débutant ce lundi. Ces interruptions sont attribuées à une baisse de la demande des consommateurs en Amérique du Nord et aux conséquences des droits de douane. Pourtant, en février 2024, un troisième quart de travail avait été rétabli, permettant l’embauche de plus de 1 700 personnes. Une grève prolongée pourrait aggraver la situation financière déjà fragile de Stellantis, notamment car l’usine de Windsor produit des modèles clés comme la Chrysler Pacifica et la Dodge Charger. Selon l’expert Benoit Charette, une grève aurait des répercussions « catastrophiques » pour le constructeur.
Pour Benoit Charette, expert de l’industrie automobile, le mandat de grève de 97,3 % obtenu par *Unifor* est avant tout une stratégie de pression. Les négociations piétinent depuis plusieurs mois, et le syndicat cherche à accélérer les discussions en envoyant un signal fort à Stellantis. Bien que le constructeur automobile assure vouloir négocier de bonne foi, le syndicat estime que la menace d’une grève pourrait créer un sentiment d’urgence et inciter l’entreprise à revenir plus activement à la table des négociations. Le mandat de grève n’est donc pas une décision irréversible, mais un outil pour faire avancer les pourparlers. Stellantis, de son côté, insiste sur sa volonté de parvenir à une entente négociée, tout en soulignant la nécessité de soutenir sa compétitivité à long terme.

