NapseflowNapseflow
Tech

« Dofus ne s’est jamais aussi bien porté » : Ankama nous raconte 25 ans de succès, de doutes et d’indépendance

Numerama · mis à jour il y a 24 j

ENTRETIEN EXCLUSIF - À l’occasion de la Japan Expo 2026, Numerama a rencontré Anthony Roux, cofondateur d’Ankama, et Pauline Plaisant, directrice de la stratégie, pour revenir sur les 25 ans d’un studio français à part, porté par Dofus mais jamais limité à lui..

Dofus fête 25 ans

Le jeu de rôle en ligne massivement multijoueur (MMORPG) Dofus, créé par le studio français Ankama, célèbre en 2026 ses 25 ans d’existence. Lancé en 2004, il a marqué plusieurs générations de joueurs, notamment en France, avec un univers riche, humoristique et social. Le jeu a connu plusieurs évolutions majeures, comme le passage à la version 2.0 en 2012, puis à Dofus 3.0 en décembre 2024 sur le moteur Unity. Malgré les craintes des joueurs lors de ces changements, le jeu reste populaire, avec une communauté très fidèle et exigeante. En 2025, Dofus a enregistré son plus gros chiffre d’affaires depuis sa création, avec un pic de joueurs lors du lancement de Dofus 3.0.

Une communauté nostalgique

La communauté de Dofus est principalement francophone et très attachée à l’univers du jeu, au point que certains joueurs le découvrent dès l’âge de 6 ans. Cette fidélité s’explique par la nostalgie, la régularité des mises à jour (tous les deux mois environ) et la quantité de contenu proposé. Pour répondre à cette attente, Ankama a relancé en 2016 des serveurs dédiés à la version originale de Dofus (1.29), appelée Dofus Rétro, qui attire encore des milliers de joueurs. Cependant, moderniser le jeu sans trahir son essence reste un défi constant. Chaque innovation, comme Dofus 3.0, suscite des craintes, mais le studio assume ces changements pour faire évoluer l’univers.

Stratégie transmédia

Ankama n’est pas seulement un studio de jeu vidéo : il développe depuis ses débuts une stratégie transmédia, c’est-à-dire qu’il étend son univers (Krosmoz) à d’autres médias comme la bande dessinée, les séries animées (Wakfu) ou les mangas. Cette approche, née d’une volonté créative initiale, a permis au studio de diversifier ses revenus et d’attirer de nouveaux publics. Par exemple, la série Wakfu ou les BD comme Maliki ont élargi l’audience d’Ankama. Cependant, cette liberté créative entraîne aussi des risques : sur les dix projets lancés, seul un aboutit généralement. Le studio assume ces échecs comme partie intégrante de son processus innovant.

Modèle économique indépendant

Ankama a toujours privilégié son indépendance financière et créative. Contrairement à de nombreux studios, il n’a pas cédé à la frénésie des investissements pendant la pandémie de Covid-19, évitant ainsi les pièges d’une bulle spéculative. Ses fondateurs, Anthony Roux et Camille Chafer, détiennent encore 80 % de l’entreprise, ce qui leur permet de prendre des décisions à long terme plutôt que de satisfaire des actionnaires. Le modèle économique de Dofus repose sur un abonnement stable (une seule hausse en 20 ans) et une accessibilité qui contraste avec les jeux free-to-play agressifs du marché. Cette approche a permis au studio de traverser les crises de l’industrie vidéoludique sans subir de rachat ou de restructuration.

Défis et ambitions futures

Malgré son succès, Ankama fait face à des défis majeurs. Recruter de nouveaux joueurs dans un MMORPG de plus de 20 ans reste difficile, même si Dofus 3.0 a attiré une audience internationale. Le studio mise sur son univers transmédia pour élargir son public, en espérant que des séries, des livres ou des mangas puissent convertir de nouveaux fans. Pour l’avenir, Ankama planifie ses projets sur plusieurs années, avec des thématiques annuelles comme celle des six Dofus primordiaux en 2026. Anthony Roux insiste sur son rêve : que l’univers Krosmoz survive à ses créateurs et continue d’évoluer grâce à de nouvelles générations d’artistes et de joueurs.

Ce que ça pourrait changer

Le marché du jeu vidéo traverse une crise profonde en 2026, marquée par l’éclatement de la bulle spéculative qui avait suivi la pandémie. De nombreux studios indépendants peinent à émerger face à des géants comme *Fortnite* ou *World of Warcraft*. Ankama, lui, bénéficie d’un atout rare : une licence (*Dofus*, *Wakfu*, *Waven*) déjà aimée par le public. Le studio évite les pièges des rachats ou des acquisitions massives, restant fidèle à sa philosophie de création. Selon Anthony Roux, cette longévité s’explique aussi par une gestion prudente et une connaissance des cycles de l’industrie, permettant d’encaisser les crises sans perdre de vue l’essentiel : faire vivre un univers qui dépasse le simple jeu vidéo.

Sujets complémentaires