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Géopolitique

La Suisse doit-elle inscrire la “neutralité perpétuelle” dans sa Constitution ?

Courrier International · mis à jour 27 sept.

Le 27 septembre, les Suisses décideront s’ils souhaitent renforcer – ou non – la neutralité de leur pays. Si le oui l’emporte, Berne ne pourra ni sanctionner de son propre chef un État en guerre, ni véritablement collaborer avec une alliance militaire.

Suisse : vote clé

Le 27 septembre 2026, les citoyens suisses sont appelés à voter sur une initiative visant à inscrire la neutralité perpétuelle dans leur Constitution. Cette proposition, portée par l’ancien élu national-conservateur Christoph Blocher, vise à renforcer le principe de neutralité de la Suisse en limitant strictement les actions du pays en cas de conflit international. Actuellement, la neutralité suisse est mentionnée dans la Constitution, mais elle n’est pas définie en détail, laissant une marge de manœuvre au gouvernement pour adapter sa position selon les circonstances. L’initiative propose une neutralité perpétuelle et armée, ce qui signifie que la Suisse ne pourrait ni rejoindre une alliance militaire ni collaborer activement avec un belligérant, même en imposant des sanctions économiques de son propre chef.

Neutralité actuelle floue

La neutralité de la Suisse repose sur un principe historique datant de 1815, officialisé après les guerres napoléoniennes. Aujourd’hui, elle est définie comme une abstention active : la Suisse ne participe pas aux guerres entre autres pays, mais elle peut contribuer à des missions humanitaires ou à des sanctions économiques décidées par des organisations internationales comme l’ONU. Cependant, le texte constitutionnel actuel est vague : il stipule que la Confédération et les cantons doivent sauvegarder cette neutralité, sans préciser comment. Le Conseil fédéral (l’exécutif suisse) dispose donc d’une grande liberté pour interpréter et appliquer ce principe, notamment en cas de crise majeure.

Proposition : limites strictes

L’initiative propose d’ajouter à la Constitution une neutralité perpétuelle et armée, ce qui signifie que la Suisse s’engagerait à ne jamais rejoindre une alliance militaire (comme l’OTAN) et à ne pas participer activement à des conflits, même indirectement. Par exemple, elle ne pourrait plus imposer de sanctions économiques de son propre chef contre un État en guerre, une pratique actuellement possible. Le texte vise à empêcher toute dérive vers une participation à des conflits, en verrouillant cette position dans la loi fondamentale du pays. Cette proposition est soutenue par des affiches mettant en avant une colombe de la paix et le slogan Pas de guerre.

Débat : pour ou contre

Le projet divise l’opinion publique et les médias suisses. Ses partisans, dont Christoph Blocher, estiment qu’une neutralité perpétuelle protégerait mieux la Suisse des conflits internationaux et éviterait toute implication dans des guerres étrangères. Ses détracteurs, comme le journal Blick, soulignent que cette rigidité pourrait affaiblir la capacité de la Suisse à jouer un rôle diplomatique ou humanitaire sur la scène mondiale. Par ailleurs, certains observateurs notent que cette initiative est soutenue par le ministère russe des Affaires étrangères, ce qui a valu au projet d’être qualifié d’initiative pro-Poutine par ses opposants. Cependant, les partisans du texte rejettent cette critique, arguant que la neutralité perpétuelle est une question de principe indépendant des régimes politiques.

Ce que ça pourrait changer

Si l’initiative est adoptée, la Suisse s’engagerait à une neutralité absolue, même en cas de crise majeure comme une guerre en Europe. Cela pourrait limiter sa participation à des missions de l’ONU ou à des coalitions internationales, réduisant son influence géopolitique. À l’inverse, ses défenseurs y voient une garantie de sécurité et de stabilité pour le pays, en évitant toute implication dans des conflits futurs. Le résultat du vote pourrait aussi envoyer un signal fort sur la perception que la Suisse a d’elle-même : un État isolé, protégé par sa neutralité, ou un acteur international capable de s’adapter aux crises. Le débat reflète ainsi des visions opposées de la place de la Suisse dans le monde en 2026.

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