Ouvrir le plateau – chronique du 80e festival d’Avignon, 1/3
Le festival d’Avignon a ouvert ses portes le 4 juillet. Premier épisode aujourd'hui d'une chronique en 3 volets avec : Maldoror de Julien Gosselin, La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon, Un procès de Christiane Jatahy avec Wagner Moura, récemment créé.
Le spectacle Un procès, mis en scène par Christiane Jatahy avec l'acteur brésilien Wagner Moura, transforme le public en jury lors d'une simulation judiciaire. Le 11 juillet 2026, dans le gymnase du Lycée Aubanel à Avignon, onze spectateurices tirés au sort doivent trancher sur la culpabilité de Thomas Stockmann, personnage principal inspiré d'une pièce d'Ibsen. Le public écoute des témoignages, examine des preuves et délibère pendant deux heures. À l'issue du vote, trois jurés ont répondu oui (coupable) et huit non (innocent), avec un dépouillement en temps réel affiché sur un écran face à la salle. Ce dispositif interroge la responsabilité du public dans une décision collective, brouillant les frontières entre fiction et réalité. Le spectacle s'inscrit dans une réflexion sur la justice et l'engagement des citoyens dans les débats publics.
Le 11 juillet 2026, lors de la dernière représentation de La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon, deux performeuses parcourent les gradins du Cloître des Célestins pour cibler un public spécifique : les personnes en surpoids. Elles les interpellent avec des phrases comme « mince, mince, bienvenue grosse » ou « presque, mince, bienvenue gros », puis leur distribuent des tickets pour une loterie. Dix-huit personnes sont identifiées comme cibles, mais c'est une femme mince qui remporte le lot : 4,9 kg de produits Mammouth (shampoing, chocolat, crème solaire, déodorant, boîtes de conserve). Ce geste artistique, à la fois provocateur et ironique, interroge les normes sociales, le corps et la consommation. La performance joue sur l'humour et la gêne pour susciter une réflexion sur les stéréotypes et les discriminations.
Lors de la représentation de *Maldoror* de Julien Gosselin, le public est invité à se déplacer sur la scène de la Cour d'honneur du Palais des papes, habituellement réservée aux comédiens. Autour d'eux, des casiers mobiles forment un décor évoquant une ville miniature : un bar, une rue, une place, des fenêtres ouvertes sur des intérieurs. Les spectateurs, debout ou assis, suivent le spectacle en se déplaçant d'un lieu à l'autre, comme dans un labyrinthe urbain. Cette immersion, qui dure deux heures, crée une expérience sensorielle et physique. Le public devient un acteur passif, observant des fragments de vie sans toujours saisir la globalité de l'intrigue. Ce choix de mise en scène, à la fois ludique et déstabilisant, questionne le rôle du spectateur dans l'art contemporain et la frontière entre acteur et public.

