De Saint-Simon aux Lumières sombres
Le mouvement néoréactionnaire s’est développé aux États-Unis depuis le début du siècle, notamment dans la Silicon Valley. Arnaud Miranda en a donné récemment une remarquable analyse dans son ouvrage sur les « Lumières sombres ».
Henri de Saint-Simon (1760-1825) est un philosophe et économiste français considéré comme l’un des pères du socialisme utopique. Il a marqué l’histoire des idées en proposant une vision où la société doit être organisée autour de la science et de l’industrie, plutôt que par la monarchie ou la religion. Son approche repose sur l’idée que le progrès technique et scientifique doit servir à améliorer le bien-être collectif. Saint-Simon a influencé des penseurs ultérieurs comme Auguste Comte, fondateur de la sociologie, ou Karl Marx. Ses écrits, comme Le Nouveau Christianisme (1825), défendent une société dirigée par des élites éclairées (scientifiques, industriels) plutôt que par des gouvernants traditionnels. Son modèle économique repose sur une redistribution des richesses via des banques d’investissement destinées à financer des projets utiles à la société.
L’expression Lumières sombres fait référence à une critique des idéaux des Lumières (XVIIIe siècle), souvent associés à la raison, au progrès et à la liberté. Cette notion suggère que ces idéaux, bien que porteurs d’émancipation, ont aussi servi de justification à des excès ou à des dérives. Par exemple, la Révolution française (1789-1799) a été perçue comme l’aboutissement des Lumières, mais aussi comme une période de violence et de chaos. Certains penseurs contemporains, comme le philosophe allemand Theodor Adorno, ont souligné que les Lumières ont pu mener à des formes de domination (colonisation, industrialisation brutale) ou à une rationalité instrumentale déconnectée de l’éthique. L’article suggère que Saint-Simon, malgré son optimisme technocratique, incarne cette ambiguïté : son projet de société rationnelle pourrait aussi mener à une forme de contrôle social.
L’article aborde une remise en question du progrès technique, souvent présenté comme une avancée inéluctable. Saint-Simon, en prônant une société dirigée par des scientifiques et des industriels, illustre cette foi dans la technique. Cependant, l’article évoque une Lumière sombre où cette confiance devient problématique. Par exemple, l’industrialisation du XIXe siècle a généré des inégalités sociales massives, avec des conditions de travail précaires pour les ouvriers (jusqu’à 14h par jour dans des usines insalubres). De plus, la technocratie saint-simonienne pourrait mener à une société où les décisions sont prises par une minorité d’experts, au détriment de la démocratie. L’article souligne ainsi que le progrès technique, sans cadre éthique, peut devenir un outil de domination plutôt qu’un vecteur de liberté.
Les utopies, comme celles de Saint-Simon, visent à imaginer une société idéale. Cependant, l’article souligne leur ambiguïté : une utopie peut devenir une dystopie si elle est imposée sans nuance. Par exemple, le projet saint-simonien de créer une banque d’investissement pour financer des infrastructures utiles pourrait, en pratique, servir à concentrer le pouvoir entre les mains d’une élite. De même, les Lumières, en promouvant la raison, ont aussi légitimé des entreprises comme la colonisation, où la supériorité supposée de la civilisation occidentale a servi à justifier l’exploitation. L’article rappelle que toute utopie, même bien intentionnée, comporte des risques de dérive si elle ignore les réalités humaines et les rapports de force.
L’article mentionne une incitation financière à soutenir Telos, un think tank français, via une réduction d’impôts de 66% sur les dons. Ce mécanisme fiscal, inspiré par la loi Coluche (1989), permet aux donateurs de déduire 66% du montant versé de leur impôt sur le revenu, dans la limite de 20% du revenu imposable. Par exemple, un don de 100 € ne coûte réellement que 34 € au donateur, le reste étant couvert par l’État. Ce dispositif vise à encourager la philanthropie en France, où les dons aux associations et think tanks représentent environ 0,5% du PIB (soit 12 milliards d’euros en 2023). L’article utilise cet exemple pour illustrer comment les idées (comme celles de Saint-Simon) peuvent être portées par des structures contemporaines, tout en soulignant les limites de ces mécanismes (dépendance aux subventions publiques, risque de récupération politique).

