Sous la glace de l’Antarctique, un robot sous-marin filme pour la première fois une colonie de 1 036 nids de poissons
Un iceberg dérivant a permis la découverte inédite de 1 036 nids de poissons sous la glace de l'Antarctique, filmés par un robot sous-marin. Cette trouvaille soulève de nouvelles questions pour les biologistes marins.
En 2017, un iceberg géant s’est détaché de la barrière de glace Larsen C en Antarctique, révélant pour la première fois une zone océanique jusqu’alors inaccessible sous la glace. Cette rupture a permis à des chercheurs de l’University of Essex d’explorer ces fonds marins à l’aide d’un robot sous-marin nommé Lassie. En janvier 2019, cinq plongées ont été réalisées depuis le navire SA Agulhas II, capturant 27 heures de vidéos entre 290 et 411 mètres de profondeur. Les images ont révélé une colonie de 1 036 nids de poissons encore actifs, ainsi que 72 cuvettes abritant des larves. Cette découverte est inédite car ces nids, construits et entretenus par des poissons, n’avaient jamais été observés auparavant dans cette région.
Les nids appartiennent à une espèce de poisson antarctique appelée Lindbergichthys nudifrons, reconnaissable à sa taille ne dépassant pas 19,5 centimètres. Chaque nid, d’environ 12 centimètres de diamètre, est une cuvette creusée et nettoyée par le mâle pour protéger les œufs. Les chercheurs ont observé que les nids étaient organisés en 277 groupes, répartis en six formes géométriques distinctes : l’amas (42 % des nids), le nid isolé, le U, l’ovale, le croissant et la ligne (moins de 4 % des cas). Cette organisation suggère une stratégie collective, bien que les raisons exactes de ces regroupements restent à élucider.
Les scientifiques émettent l’hypothèse que cette organisation en groupes servirait à se protéger d’un prédateur, un ver marin nommé Parborlasia corrugatus. En se regroupant, les poissons pourraient mieux défendre leurs œufs contre ce ver, selon la théorie du troupeau égoïste. Cette théorie suggère que les individus se rassemblent pour maximiser leur survie collective, même si cela implique des compromis individuels. Les chercheurs notent que la température de l’eau ne joue pas un rôle majeur dans cette organisation, contrairement à d’autres colonies découvertes précédemment.
Cette découverte, publiée dans la revue *Frontiers in Marine Science* le 29 octobre 2025, est significative car elle révèle une nouvelle facette de la biodiversité antarctique. Les nids de poissons, bien que discrets, jouent un rôle écologique important dans l’équilibre des écosystèmes marins. Les chercheurs soulignent que ces observations pourraient aider à mieux comprendre les comportements reproductifs des poissons en milieu polaire, ainsi que les interactions entre espèces dans des environnements extrêmes. Cette étude ouvre également des pistes pour étudier l’impact du changement climatique sur ces écosystèmes fragiles.

