Maricarmen, 87 ans
Le sort de cette octogénaire, délogée mercredi 23 septembre de l’appartement madrilène où elle vivait depuis 1956, scandalise la presse espagnole. Il représente “tout ce qui ne va pas” dans le marché du logement outre-Pyrénées, écrit notamment le site de gauche “InfoLibre”..
Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans retraitée et en situation de handicap, a été contrainte de quitter son appartement à Madrid le 23 septembre 2026 après y avoir vécu 70 ans. Elle a été évacuée par la police sur une civière, sous les yeux d'une foule indignée. Cette expulsion, décidée par un tribunal, a marqué l'opinion publique espagnole, car elle symbolise les dysfonctionnements du marché immobilier et des politiques de logement dans le pays. Maricarmen avait emménagé dans cet appartement en 1956, à l'âge de 17 ans, grâce à un bail signé par ses parents pendant le franquisme, une époque où les femmes n'étaient pas autorisées à signer elles-mêmes des contrats de location.
Le bail de l'appartement de Maricarmen a été transmis à sa mère après le décès de son père, puis à elle-même en 2005 grâce à une subrogation. La subrogation est une opération juridique qui permet de remplacer une personne par une autre dans un contrat, ici un bail. Ce mécanisme a permis à Maricarmen de continuer à payer un loyer de 500 € par mois, bien inférieur aux prix du marché dans son quartier du Retiro à Madrid. Cependant, selon la loi espagnole, un bail de ce type ne peut être subrogé qu'une seule fois après le décès du locataire initial, ce qui a été utilisé par le fonds d'investissement Urbangestión pour contester la validité du bail.
Urbangestión, un fonds d'investissement qui a racheté l'immeuble où vivait Maricarmen, a exploité une faille juridique pour remettre en cause le bail. Le fonds a d'abord réclamé un loyer de 2 650 € par mois, puis l'a réduit à 1 650 €, un montant jugé insoutenable pour Maricarmen, dont la retraite s'élève à environ 1 300 € par mois. Malgré plusieurs recours devant les tribunaux, la justice a finalement tranché en faveur des propriétaires, entraînant l'expulsion forcée de la retraitée. Ce cas illustre les tensions entre les propriétaires, souvent représentés par des fonds d'investissement, et les locataires bénéficiant de baux anciens à loyers modérés.
L'expulsion de Maricarmen a relancé le débat sur la crise du logement en Espagne, un problème récurrent qui touche particulièrement les grandes villes comme Madrid. Les prix des loyers ont fortement augmenté, rendant l'accès au logement difficile pour de nombreux Espagnols. Plusieurs acteurs sont pointés du doigt : les fonds d'investissement (fonds vautours), accusés de spéculer sur l'immobilier, l'absence de réglementation adaptée pour protéger les locataires, et la lenteur des gouvernements successifs à légiférer sur ce sujet. Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, au pouvoir depuis 2018, est critiqué pour ne pas avoir suffisamment agi malgré la gravité de la situation.
L'expulsion de Maricarmen a provoqué une vague d'indignation en Espagne. Les médias de gauche, comme *InfoLibre*, dénoncent un système immobilier *brisé* et *faussé*, tandis que le quotidien conservateur *ABC* souligne que la loi, appliquée à la lettre, ne peut pas toujours tenir compte des histoires individuelles. Les partis politiques sont également divisés : la mairie et la région de Madrid, dirigées par le PP (droite), sont critiquées pour ne pas avoir proposé de solution de repli satisfaisante à Maricarmen. Après son expulsion, celle-ci a passé une nuit à l'hôpital en raison du stress et de l'anxiété, avant de s'installer temporairement chez un cousin à Ségovie, à plus d'une heure de route de son ancien domicile.

