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Société

Nous avons perdu plus de la moitié des manuscrits du Moyen Âge, affirme cette nouvelle étude

Slate FR · mis à jour il y a 23 j

En analysant la transmission des manuscrits du Moyen Âge, des chercheurs estiment que la majorité des œuvres écrites au XIIᵉ siècle ont été perdues. Une découverte qui révèle l'ampleur insoupçonnée du patrimoine littéraire disparu..

Perte massive des manuscrits

Une étude récente menée par l'historien Jean-Baptiste Camps et son équipe révèle que plus de la moitié des manuscrits médiévaux ont été perdus à jamais. Selon leurs simulations, 60 % des œuvres écrites au XIIe siècle n'existent plus aujourd'hui. Parmi les textes qui nous sont parvenus, plus de 95 % des exemplaires manuscrits originaux ont également disparu. Cette perte massive s'explique par le fait que, avant l'invention de l'imprimerie, les textes devaient être recopiés manuellement, ce qui les rendait très vulnérables aux accidents, aux erreurs de copie et aux catastrophes naturelles. Les chercheurs soulignent que ces chiffres ne concernent que les textes chevaleresques, mais que la situation pourrait être encore plus grave pour d'autres types de manuscrits.

Arbres généalogiques des textes

Pour reconstituer l'histoire des manuscrits, les chercheurs utilisent un outil appelé stemma, qui fonctionne comme un arbre généalogique des textes. Cet arbre retrace les liens entre les différentes copies d'un même manuscrit, en analysant les variations et les erreurs introduites lors des copies successives. Cependant, cette méthode a une limite majeure : elle ne peut être appliquée qu'aux copies qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui. Toutes les versions intermédiaires, aujourd'hui disparues, restent invisibles et pourraient contenir des informations essentielles pour comprendre les récits originaux. Moins un texte est copié, moins il a de chances de nous parvenir, ce qui complique le travail des philologues, ces spécialistes qui étudient les textes anciens pour préserver leur savoir.

Exemple de la Chanson de Roland

La Chanson de Roland, un récit du XIe siècle racontant les exploits d'un chef militaire en 778 après J.-C., illustre bien cette perte massive de manuscrits. Bien que ce texte soit la plus ancienne œuvre de la littérature française qui nous soit parvenue, les versions les plus anciennes nous sont probablement inconnues aujourd'hui. Les différentes copies qui nous sont parvenues proviennent de manuscrits recopiés à différentes époques, ce qui suggère que le récit était très populaire. Cependant, cela signifie aussi que les versions originales, celles qui ont donné naissance à ces copies, ont très probablement disparu, emportant avec elles des détails ou des nuances qui pourraient enrichir notre compréhension du texte.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs facteurs expliquent la disparition des manuscrits médiévaux. Parmi eux, les catastrophes naturelles, comme l'éruption du Vésuve en 79 après J.-C., qui a enseveli des milliers de textes à Pompéi et Herculanum, ou encore la peste noire, qui a ravagé l'Europe au XIVe siècle. Cette dernière a non seulement décimé les populations, mais a aussi probablement détruit de nombreux manuscrits, en raison de la mort des copistes et des bibliothécaires, ou des incendies et des pillages qui ont accompagné la pandémie. D'autres événements aléatoires, comme des incendies ou des guerres, ont également contribué à la perte de ces savoirs anciens, rendant leur préservation encore plus fragile.

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