Vérité, justice
À l’heure où les conflits se multiplient, où les libertés reculent et où les inégalités se creusent, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, appelle à replacer les droits humains au cœur de la justice transitionnelle. En ouverture de l’Université d’été internationale de Sarajevo, il a estimé que sans vérité, justice et lutte contre l’impunité, « il n’y aura ni paix durable ni réconciliation »..
Selon Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, une paix durable ne peut se construire uniquement sur un cessez-le-feu ou un accord politique. Elle repose sur trois piliers indissociables : la vérité, la justice et les réparations. La vérité implique de reconnaître officiellement les violations des droits humains commises pendant un conflit. La justice consiste à punir les responsables et à rétablir l’État de droit. Les réparations désignent les mesures pour indemniser les victimes et restaurer leurs droits. Sans ces éléments, la réconciliation reste fragile. Türk souligne que négliger l’un de ces piliers fragilise l’ensemble du processus. Par exemple, en Colombie ou au Timor-Leste, des commissions de vérité ont permis d’établir les faits, mais sans justice ni réparations, la paix reste incomplète.
Le discours de Volker Türk intervient dans un contexte marqué par un recul de la démocratie et une montée de l’autoritarisme. Selon ses estimations, le nombre de pays où le pouvoir s’éloigne du peuple a presque quadruplé en 20 ans. En 2025, l’ONU a enregistré un mort civil toutes les 14 minutes dans un conflit armé. Ces chiffres illustrent l’urgence d’agir. Les conflits actuels, comme en Syrie ou au Soudan, montrent que les violations des droits humains se multiplient sans réponse adaptée. Türk met en garde : sans une approche globale de la justice transitionnelle, ces crises risquent de s’aggraver et de s’étendre.
La justice transitionnelle désigne un ensemble de mécanismes mis en place après un conflit ou une dictature pour rétablir la paix et la démocratie. Elle repose sur quatre piliers : la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition (mesures pour éviter que les violations ne se reproduisent). Par exemple, en Gambie, une commission « Vérité, Réconciliation et Réparations » a recueilli les témoignages des victimes pour établir les faits et proposer des réparations. Cependant, Volker Türk rappelle que ces mesures doivent s’accompagner d’une transformation des institutions : justice indépendante, forces de sécurité responsables et gouvernance inclusive. Sans cela, la justice transitionnelle reste superficielle.
Volker Türk insiste sur la nécessité de placer les victimes et les survivants au cœur des processus de justice transitionnelle. Leur participation active permet de rétablir leur dignité et de garantir que leurs droits soient pris en compte. Par exemple, en Gambie, les témoignages des victimes ont été essentiels pour documenter les crimes et proposer des réparations. Cependant, Türk souligne que les réparations financières ne suffisent pas. Il faut aussi restaurer la confiance dans les institutions et renforcer l’État de droit. Sans cela, les victimes restent vulnérables et la réconciliation est impossible. En Bosnie-Herzégovine, malgré des progrès, les discours de haine et les divisions identitaires montrent que la justice transitionnelle est un processus long et complexe.
En Bosnie-Herzégovine, Volker Türk reconnaît des avancées depuis la guerre des années 1990, notamment dans les poursuites judiciaires, la recherche des personnes disparues et la reconnaissance des survivants de violences sexuelles. Cependant, il déplore que les discours de haine, le *révisionnisme historique* (minimisation ou déni des crimes passés) et les divisions identitaires persistent. Ces obstacles entravent la réconciliation. Türk évoque son séjour en Bosnie peu après le conflit et souligne l’écart entre les espoirs de l’époque et les inquiétudes actuelles. Malgré ces défis, il voit une lueur d’espoir dans l’engagement des jeunes contre la haine et la répression. Leur mobilisation pourrait permettre de remettre la justice transitionnelle sur les rails.

