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La “dignité de l’homme” chez Pic de la Mirandole, c’est quoi ?

Philosophie Magazine · mis à jour il y a 24 j

Le terme *dignitas* vient du latin et désignait, chez les Romains, une notion liée à l'honneur et à la réputation, souvent associée à une charge ou une fonction sociale. Par exemple, la *dignitas* d'un sénateur augmentait avec l'importance de son rôle politique. Au Moyen Âge, avec la christianisation de ce concept, la *dignitas* de l'homme prend une nouvelle dimension : créé « à l'image de Dieu », l'être humain occupe une place centrale dans la Création et doit se montrer digne de cette position. Cette idée est reprise et développée par les humanistes italiens du Quattrocento, comme Poggio Bracciolini ou Giannozo Manetti, qui voient dans la capacité de l'homme à transformer la nature et à créer des œuvres artistiques et intellectuelles la preuve de sa dignité. Ces penseurs soulignent que la dignité ne se réduit pas à une reconnaissance sociale, mais s'exprime par l'action et la transformation du monde.

Origine du concept

Le terme dignitas vient du latin et désignait, chez les Romains, une notion liée à l'honneur et à la réputation, souvent associée à une charge ou une fonction sociale. Par exemple, la dignitas d'un sénateur augmentait avec l'importance de son rôle politique. Au Moyen Âge, avec la christianisation de ce concept, la dignitas de l'homme prend une nouvelle dimension : créé « à l'image de Dieu », l'être humain occupe une place centrale dans la Création et doit se montrer digne de cette position. Cette idée est reprise et développée par les humanistes italiens du Quattrocento, comme Poggio Bracciolini ou Giannozo Manetti, qui voient dans la capacité de l'homme à transformer la nature et à créer des œuvres artistiques et intellectuelles la preuve de sa dignité. Ces penseurs soulignent que la dignité ne se réduit pas à une reconnaissance sociale, mais s'exprime par l'action et la transformation du monde.

Révolution de Pic de la Mirandole

Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), jeune érudit italien, propose une vision radicalement nouvelle de la dignité humaine dans son ouvrage De hominis dignitate (1486-1487). Contrairement à ses prédécesseurs, il affirme que l'homme ne doit pas sa dignité à une place fixe dans l'ordre du cosmos, mais à sa capacité de se déterminer lui-même. Dans un discours fictif, Dieu déclare à Adam : « Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, afin que la place, le visage et les dons que tu choisiras, tu les conquières et les possèdes selon ton souhait et ta décision ». Cette idée implique que l'essence de l'homme n'est pas prédéfinie, mais se construit par ses choix et ses actions. Pic de la Mirandole rompt ainsi avec la vision médiévale d'une hiérarchie fixe des créatures.

Liberté et responsabilité

Selon Pic de la Mirandole, la liberté humaine est à la fois un don et un défi. Elle permet à l'homme de se définir, mais elle exige aussi une grande responsabilité. S'il utilise mal cette liberté, par exemple en se laissant guider par ses instincts ou ses plaisirs, il peut s'abaisser au niveau d'une « bûche » ou d'une « bête ». En revanche, s'il cultive sa raison, il peut s'élever au rang d'un « être céleste », voire d'une « divinité enveloppée de chair ». L'homme devient ainsi un être capable de se métamorphoser, à l'image du dieu grec Protée ou du caméléon. Pic de la Mirandole met en garde : « Gardons-nous d’abuser de l’extrême bienveillance du Père, en faisant un funeste usage du libre choix qu’il nous a donné pour notre salut ». Cette liberté implique donc un devoir de sagesse et de vigilance.

Rôle du savoir

Pour guider l'homme dans l'exercice de sa liberté, Pic de la Mirandole insiste sur l'importance du savoir. Il considère que l'individu ne possède pas la science infuse et doit donc s'appuyer sur les connaissances accumulées par l'humanité pour trouver la voie de la sagesse. Pic lui-même incarne cette quête : il apprend les langues orientales à Pérouse, étudie la scolastique arabe à Padoue, la dialectique à Paris, et se familiarise avec la kabbale juive, l'hermétisme et le néoplatonisme à Florence. Son projet philosophique vise à démontrer la concordance entre toutes les traditions de sagesse, plutôt que de privilégier une seule école de pensée. Il cherche ainsi à unifier les savoirs pour révéler l'harmonie de l'homme, qu'il compare à l'homme de Vitruve dessiné par Léonard de Vinci.

Ce que ça pourrait changer

Pour Pic de la Mirandole, la dignité de l'homme n'est pas un privilège accordé une fois pour toutes, mais une tâche à accomplir tout au long de la vie. Cette tâche passe par un effort constant d'apprentissage et d'ouverture d'esprit, sans préjugés. La découverte progressive de la concordance entre les différentes sagesses révèle et accomplit l'homme universel. Cette vision influence profondément les humanistes de la Renaissance, comme Érasme, Thomas More ou Montaigne, qui partagent cette soif insatiable de connaissances. Elle s'appuie aussi sur les débuts de l'imprimerie, qui facilite la diffusion des savoirs. Pic de la Mirandole résume cette idée par une phrase clé : « Je t’ai placé au milieu du monde afin que tu puisses mieux contempler ce que contient le monde ».

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