La Suisse n’est plus le château d’eau de l’Europe
La sécheresse de cet été a fait baisser le niveau du lac Majeur. En ces temps de réchauffement climatique, les pays frontaliers de la Confédération convoitent de plus en plus son eau : elle détient 6 % des réserves européennes, raconte l’édition dominicale de la “Neue Zürcher Zeitung”..
La Suisse, longtemps surnommée le château d’eau de l’Europe en raison de ses importants réservoirs naturels comme les lacs et les glaciers, voit ses ressources en eau diminuer fortement. Selon la Neue Zürcher Zeitung, elle ne détient plus que 6 % des réserves européennes d’eau douce, contre une part bien plus élevée par le passé. Cette baisse s’explique principalement par les épisodes de sécheresse répétés, aggravés par le réchauffement climatique. Les lacs suisses, comme le lac Majeur ou le lac de Constance, affichent des niveaux historiquement bas, rendant visible des fonds normalement immergés. Les conséquences sont multiples : baisse du tourisme, difficultés pour les activités économiques locales et tensions avec les pays voisins qui dépendent aussi de ces ressources.
La sécheresse a un impact direct sur l’économie suisse, notamment dans les régions touristiques. À Locarno, près du lac Majeur, Marco Spiller, gérant d’un bar depuis 25 ans, constate une baisse de moitié de son chiffre d’affaires en juillet 2026. Les clients évitent les plages asséchées et boueuses, ce qui réduit les revenus des commerces locaux. Les bateaux sur le Rhin transportent désormais seulement un tiers de leur capacité habituelle en marchandises, en raison du faible niveau d’eau. Ces difficultés financières menacent la survie de nombreux petits entrepreneurs, comme Spiller, qui craint des problèmes de trésorerie si la situation persiste. Le tourisme, un secteur clé pour la Suisse, est particulièrement touché.
La Suisse, qui partage plusieurs cours d’eau avec ses voisins (Italie, France, Allemagne, Autriche), voit ses ressources convoitées par ces pays en période de pénurie. Historiquement, elle jouait un rôle de château d’eau en régulant le débit des fleuves comme le Rhin ou le Rhône, mais cette fonction est aujourd’hui remise en cause. Les pays frontaliers, confrontés à des sécheresses croissantes, pourraient exiger un partage plus équitable de l’eau. Un hydrologue cité par la Neue Zürcher Zeitung évoque même des conflits de répartition potentiellement durs à venir, notamment avec l’Italie, qui dépend du lac Majeur pour son agriculture et son approvisionnement en eau potable. Ces tensions géopolitiques s’ajoutent aux défis climatiques.
Le réchauffement climatique est le principal responsable de la baisse des réserves d’eau en Suisse. Les épisodes de sécheresse, de plus en plus fréquents et intenses, réduisent les précipitations et accélèrent la fonte des glaciers, une source majeure d’eau douce. En 2026, la situation est particulièrement critique : le lac Majeur est proche de son niveau le plus bas jamais enregistré pour un mois d’été, et le lac de Constance est visible depuis l’espace. Les scientifiques soulignent que ces phénomènes ne sont pas temporaires mais s’inscrivent dans une tendance de long terme. La Suisse doit désormais s’adapter à une nouvelle réalité hydrique, où ses réserves ne sont plus aussi abondantes qu’avant.
Face à cette situation, la Suisse doit repenser sa gestion de l’eau. Les autorités locales et fédérales sont appelées à mettre en place des stratégies pour limiter les gaspillages, comme l’irrigation plus efficace en agriculture ou la modernisation des infrastructures. Cependant, ces mesures prennent du temps et ne suffiront peut-être pas à éviter des conflits avec les pays voisins. Certains experts estiment que la Confédération devra accepter de partager davantage ses ressources, malgré son statut historique de *château d’eau*. Cette adaptation sera d’autant plus difficile que les besoins en eau des pays voisins augmentent, sous l’effet de la croissance démographique et des changements climatiques. La Suisse n’a donc plus le luxe de considérer son eau comme une ressource inépuisable.

