Complexe 1335 : le bunker nucléaire secret modernisé en secret par la Russie
Une enquête menée par trois médias internationaux a permis de trouver des traces de la modernisation d’un bunker nucléaire secret enfoui dans l’Oural, hérité de la guerre froide. Des images satellite et des documents internes suggèrent que le dispositif pourrait tirer des missiles nucléaires même après la destruction totale du commandement russe..
Le Complexe 1335, aussi appelé Grot, est un bunker nucléaire secret situé dans les profondeurs du mont Kosvinski, en Russie, dans la chaîne de l’Oural. Ce site a été creusé pendant la guerre froide, une période de tensions extrêmes entre les États-Unis et l’URSS (1947-1991), marquée par une course aux armements nucléaires. Le bunker est conçu pour résister à des attaques massives, y compris des bombardements ou des explosions nucléaires, afin de protéger les dirigeants et les systèmes de commandement russes. Son nom de code Grot signifie grotte en russe, reflétant son emplacement souterrain. Ce type d’installation s’inscrit dans la stratégie de dissuasion nucléaire, où chaque camp cherche à garantir qu’il pourrait riposter même après une attaque dévastatrice, pour éviter toute tentation d’agression.
Entre 2018 et 2024, la Russie a discrètement modernisé ce bunker, selon une enquête menée par trois médias internationaux : le Dossier Center (un média d’investigation russe en exil), Danwatch (un média danois indépendant) et The Times (un journal britannique). Les travaux ont consisté à renforcer les infrastructures souterraines avec des matériaux lourds : au moins 22 000 tonnes d’acier, soit l’équivalent de trois fois le poids de la tour Eiffel, et plus de 56 000 tonnes de ciment. Plus de 600 kilomètres de câbles et de galeries ont également été installés ou rénovés. Ces travaux suggèrent une volonté de pérenniser la capacité de la Russie à lancer des missiles nucléaires, même en cas de destruction totale de son commandement central.
Le Complexe 1335 est souvent associé au concept de Dead Hand (main morte en anglais), un système automatisé de riposte nucléaire conçu pour fonctionner même si tous les dirigeants et militaires russes étaient tués. Ce système, hérité de l’ère soviétique, permettrait de détecter une attaque nucléaire contre la Russie et d’ordonner automatiquement des représailles. Les travaux de modernisation pourraient inclure des améliorations de ce système, comme des centres de communication plus résistants ou des algorithmes de décision mis à jour. L’objectif est de garantir que la Russie conserve une capacité de frappe nucléaire, quel que soit le scénario d’attaque.
Pour révéler ces travaux, les trois médias ont croisé plusieurs sources : des images satellite montrant des chantiers souterrains, des documents militaires internes, des appels d’offres publics et des témoignages d’anciens soldats. Danwatch affirme avoir analysé près de 2,5 millions d’appels d’offres militaires russes entre 2018 et 2024, identifiant des milliers de commandes liées au Complexe 1335. Ces documents révèlent l’ampleur des ressources mobilisées, comme les 22 000 tonnes d’acier, et confirment que les travaux sont menés dans le plus grand secret, sans annonce officielle de la part des autorités russes.
La modernisation de ce bunker s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre la Russie et les pays occidentaux, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. La Russie considère sa force nucléaire comme un élément clé de sa sécurité nationale et de sa dissuasion face à l’OTAN. Le *Complexe 1335* symbolise cette stratégie : en renforçant ses capacités de riposte, Moscou envoie un message de fermeté à ses adversaires. Cependant, cette modernisation secrète peut aussi alimenter les craintes d’une escalade des tensions, car elle suggère que la Russie se prépare à des scénarios extrêmes, comme une guerre nucléaire totale.

