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Géopolitique

L’ère de la guerre politique

Le Grand Continent · mis à jour 6 oct.

Pour comprendre ce que Poutine et Trump font déjà sur le continent, la notion de « guerre hybride » est devenue inadéquate L’article L’ère de la guerre politique est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Guerre hybride : un concept flou

Le terme guerre hybride est devenu central dans le débat public européen, notamment en vue de l’élection présidentielle française de 2027. Il désigne initialement une combinaison de méthodes de combat régulières et irrégulières, mais son usage s’est élargi avec la révolution numérique pour englober des pratiques comme le hacking, les ingérences informationnelles, le lawfare (utilisation du droit comme arme) ou le sabotage d’infrastructures. Aujourd’hui, ce concept est à la fois hyper-extensif – il couvre presque toute forme de coercition sous le seuil d’un conflit armé – et hyper-restrictif – il est presque exclusivement associé aux opérations de déstabilisation attribuées à la Russie en Europe. Pourtant, cette terminologie, massivement reprise par l’Union européenne et l’OTAN, crée plus de confusion qu’elle n’éclaire, en réduisant la question des ingérences à un problème technique plutôt que politique.

Menaces sous-estimées

La guerre hybride occulte une réalité plus profonde : les adversaires de l’Europe ne cherchent pas seulement à déstabiliser des États ou des administrations, mais à saper les systèmes politiques et les valeurs démocratiques qui les fondent. Par exemple, les opérations russes depuis 2022 visent principalement à réduire la volonté européenne d’aider l’Ukraine, tout en sapant la confiance des citoyens dans leurs institutions. Pourtant, les analyses se concentrent davantage sur les moyens (désinformation, sabotage) que sur les objectifs politiques ou idéologiques. Cette approche dépolitisée limite la capacité à anticiper et à répondre efficacement à ces menaces, en réduisant le problème à une question de gestion technique plutôt que stratégique.

La guerre politique définie

Face aux limites du concept de guerre hybride, les auteurs proposent de parler de guerre politique. Contrairement à l’hybridité, qui se définit par des moyens indéfiniment extensibles, la guerre politique se caractérise par une intention claire : un État cherche à subvertir politiquement et idéologiquement un système adverse. Les outils utilisés (désinformation, financement occulte, influence économique) ne sont que des moyens au service de cette fin. Cette approche permet d’englober des acteurs variés, comme la Russie, les États-Unis sous Donald Trump, ou potentiellement la Chine, qui partagent une volonté commune de saper les démocraties libérales. Elle replace ainsi le débat sur le plan des choix politiques plutôt que des techniques de subversion.

Convergence Russie-Trump

Une convergence stratégique émerge entre la Russie de Vladimir Poutine et l’administration Trump, malgré leurs différences fondamentales. Tous deux soutiennent des mouvements illibéraux en Europe, hostiles au libéralisme politique et à l’aide à l’Ukraine. Par exemple, lors des élections hongroises d’avril 2026, Viktor Orbán a bénéficié du soutien russe en matière de désinformation, mais aussi d’un appui explicite des États-Unis, illustré par une visite du vice-président J.D. Vance à Budapest. Aux États-Unis, l’administration Trump, soutenue par des milliardaires de la Silicon Valley, affiche une hostilité marquée envers la régulation du numérique, la protection de l’environnement ou les droits des minorités. Le Département d’État américain a même financé des organisations européennes alignées sur le mouvement MAGA (Make America Great Again), comme le think-tank Western Arc en France.

Limites du jargon actuel

Le recours au vocabulaire de la guerre hybride et à des métaphores issues de la médecine (comme les infodémies ou les vaccins informationnels) réduit la complexité des enjeux à une question de gestion technique. Cette approche dépolitisée empêche de comprendre les causes profondes des ingérences, comme les rivalités géopolitiques ou les divergences idéologiques. Elle conduit à des réponses fragmentées (cyber contre cyber, désinformation contre désinformation) plutôt qu’à une stratégie globale. Par exemple, la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure française) a alerté en août 2026 sur une probable recrudescence d’actions hybrides plus directes et violentes d’ici avril 2027, mais ces alertes restent cantonnées à une logique de défense technique, sans aborder les enjeux politiques sous-jacents.

Ce que ça pourrait changer

Pour dépasser les limites du concept de *guerre hybride*, les auteurs plaident pour une approche centrée sur la *guerre politique*, qui replace les menaces dans leur contexte idéologique et stratégique. Cette vision permet d’identifier les *intentions* des acteurs (affaiblir les démocraties, promouvoir l’illibéralisme) et de mieux anticiper leurs actions. Elle offre aussi une grille de lecture plus large, incluant des acteurs comme la Chine ou des mouvements politiques internes aux démocraties. En adoptant ce cadre, l’Europe pourrait élaborer des réponses plus cohérentes, combinant protection des institutions, résilience démocratique et coopération internationale, plutôt que de se limiter à des mesures techniques ou réactives.

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