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Société

À Izioum, en Ukraine

Slate FR · mis à jour il y a 11 j

Si des bombes planantes s'abattent régulièrement sur cette ville de l'est de l'Ukraine, le danger vient désormais des drones FPV. La population a été contrainte de tendre des filets au-dessus des rues pour s'en protéger.

Contexte d'Izioum

Izioum est une ville de l'est de l'Ukraine, située à environ 20 kilomètres du front actuel avec la Russie. Elle a été occupée par les forces russes pendant les six premiers mois de l'invasion à grande échelle de 2022, ce qui a entraîné des destructions massives, notamment de logements. Depuis, la ville se trouve dans une zone appelée la «kill zone», une bande de territoire d'environ trente kilomètres de profondeur où les attaques par drones et les bombardements sont quotidiens. Les habitants, comme Sofia Verbytska, une barista de 19 ans, tentent de maintenir une vie normale malgré cette menace constante. Sofia souligne que la présence des filets anti-drones, bien qu'apportant un semblant de sécurité, rappelle que le front se rapproche et que le danger est toujours présent.

Menace des drones FPV

Les drones FPV (First Person View) sont des drones de combat peu coûteux, extrêmement maniables et pilotés à distance via une caméra embarquée. Ils sont utilisés par les deux camps du conflit pour traquer les véhicules, frapper les axes de ravitaillement et harceler les villes situées en arrière du front. Ces drones, souvent équipés de charges explosives, peuvent être pilotés avec une grande précision et sont difficiles à intercepter. Leur portée et leur efficacité augmentent régulièrement grâce aux avancées technologiques. À Izioum, ils représentent une menace constante, comme en témoigne l'agent de police cité dans l'article : «Il y a trente minutes, un drone FPV a tenté de frapper un camion». Leur utilisation a conduit à la création de la «kill zone», où les attaques sont fréquentes et imprévisibles.

Filets anti-drones et protection

Face à la menace croissante des drones FPV, les autorités ukrainiennes ont mis en place des filets anti-drones en nylon, tendus au-dessus des rues et des routes d'Izioum et de sa région. Ces filets visent à empêcher les drones de frapper leurs cibles au sol. Selon Oleg Synehubov, chef de l'administration militaire régionale de Kharkiv, plus de 500 kilomètres de filets ont déjà été installés dans la région, avec pour objectif d'atteindre 1 000 kilomètres d'ici la fin de l'année 2026. Ces filets sont considérés comme une mesure préventive, car la portée des drones FPV russes ne cesse d'augmenter. Cependant, leur efficacité reste limitée, comme en témoignent les dégâts visibles sur les filets et les véhicules endommagés par les drones.

Impact sur la vie quotidienne

La présence constante des drones FPV et des bombardements a profondément transformé la vie quotidienne à Izioum. Les habitants, comme Sofia Verbytska, doivent désormais observer le ciel en permanence et vivre sous les filets anti-drones, qui rappellent que la menace est omniprésente. Les services de secours, par exemple, doivent porter des gilets pare-balles par crainte d'une «double tap», une tactique consistant à attaquer une seconde fois les secours une fois sur place. Malgré cela, les habitants tentent de maintenir une apparence de normalité. Sofia, par exemple, continue de travailler comme barista dans un café branché, tandis que des soldats viennent chercher des pizzas pour les livrer au front. Cependant, cette normalité reste fragile, comme en témoigne la jeune femme : «ma valise est déjà prête».

Stratégie militaire et art

Les militaires ukrainiens, comme Pavlo Didula, surnommé «Billy», stationné à Izioum, doivent s'adapter en permanence à l'évolution de la menace. Pavlo, qui est également artiste, transforme les débris de guerre en fresques et icônes, cherchant à «rendre belle une réalité qui ne l'est pas». Pour lui, «tenir» dans cette zone signifie «notre capacité à changer». Cependant, il exprime ses craintes quant à l'avenir, estimant que «On ne pourra plus faire semblant de vivre normalement à Izioum». Les militaires utilisent également des véhicules blindés équipés de cages métalliques, semblables à celles du film Mad Max, pour se protéger des drones. Malgré ces mesures, la menace reste constante, comme en témoignent les tirs d'armes automatiques et les détonations entendues en arrière-plan.

Ce que ça pourrait changer

La *«kill zone»* autour d'Izioum s'étend progressivement en raison des avancées technologiques des drones FPV. Selon Pavlo Didula, *«La kill zone s'étend avec les avancées technologiques de la guerre»*. Cette expansion signifie que les forces russes se sentent suffisamment en confiance pour approcher leurs avions de chasse et larguer des bombes de 500 kilos à moins d'un kilomètre des habitations. Les bombardements, autrefois ponctuels, sont désormais quotidiens, comme en témoigne Pavlo : *«Cette nuit encore, une bombe est tombée à quatre cents mètres de chez moi»*. Les habitants, comme lui, ont appris à vivre avec cette menace, mais la peur et l'incertitude persistent, rendant la situation de plus en plus insoutenable.

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