Un homme que la police lie à la mafia détient les guichets du casino de Wôlinak
Antonio Lucifero exploite des dizaines de guichets automatiques au Québec..
Antonio Lucifero, un homme d’affaires québécois, est exploitant de guichets automatiques au Québec, dont certains au casino de Wôlinak, un établissement situé dans le Centre-du-Québec. Selon un rapport de renseignement de la sergente-détective Anastasia Koklas du Service de police de la Ville de Montréal, daté de 2024, M. Lucifero entretient des liens directs avec le crime organisé italien. Ces relations sont jugées problématiques, car elles contreviennent aux exigences légales pour exploiter une entreprise de services monétaires, un secteur réglementé au Québec. En effet, la loi impose aux propriétaires de guichets automatiques d’avoir de bonnes mœurs et de ne pas entretenir de liens avec des organisations criminelles. Malgré ces alertes, Revenu Québec a accordé à M. Lucifero une autorisation pour exploiter une soixantaine de guichets automatiques au Québec.
Le casino de Wôlinak héberge cinq guichets automatiques, tous propriété d’Antonio Lucifero. Ces guichets jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement du casino, car les machines à sous fonctionnent principalement avec de l’argent comptant. Le casino, exploité par la communauté abénakise de Wôlinak, n’a pas d’autorisation gouvernementale pour cette activité, contrairement aux exigences du Code criminel canadien. Le chef de la communauté, Michel R. Bernard, affirme que les Abénakis disposent d’un droit ancestral pour exploiter ce casino. Le casino souligne qu’il n’a pas à évaluer la probité de M. Lucifero ou de ses entreprises, cette responsabilité incombant aux corps policiers et à Revenu Québec.
Antonio Lucifero est sous surveillance policière depuis plus de 15 ans en raison de ses liens présumés avec la mafia italienne. En 2009, il a assisté au mariage du mafieux Vittorio Mirarchi aux Bahamas, et en 2011, il était présent au mariage de la fille du caïd Raynald Desjardins, aux côtés d’autres figures du crime organisé. En 2020, des policiers l’ont observé au Café Gelato à Montréal, un établissement appartenant à Serafino Oliverio, un acteur clé de la mafia. M. Lucifero a nié ces liens lors d’un entretien téléphonique avec Radio-Canada, avant de raccrocher. Les clans Pizzi et Mirarchi, mentionnés dans le rapport de la sergente-détective Koklas, sont considérés comme des groupes criminels italiens actifs à Montréal, impliqués notamment dans le trafic de drogue.
Les entreprises de services monétaires, comme celles exploitées par Antonio Lucifero, sont soumises à une réglementation stricte au Québec. Leur rôle principal est de permettre des transactions financières, mais elles peuvent aussi être utilisées pour blanchir de l’argent, c’est-à-dire dissimuler l’origine illégale de fonds issus d’activités criminelles, comme le trafic de stupéfiants. Selon Me Chantal Hamel, avocate spécialisée dans ce domaine, les liens de M. Lucifero avec la mafia rendent son autorisation d’exploitation incompréhensible. La Sûreté du Québec, responsable de vérifier la probité des individus dans ce secteur, devrait selon elle examiner ce dossier. En 2024, la Sûreté du Québec avait déjà refusé le renouvellement d’un permis d’arme à feu à un individu en raison de ses liens avec des personnes liées à M. Lucifero.
Le casino de Wôlinak n’est pas seulement associé à Antonio Lucifero. En 2024, *Enquête* révélait qu’un membre des *Satan’s Crew*, un club-école des *Hells Angels*, avait été président de la compagnie gérant le casino. De plus, Josh Baazov, le gestionnaire du casino, a été reconnu coupable de trafic de cocaïne en 1995. Josh Baazov a d’ailleurs poursuivi Radio-Canada en diffamation pour des reportages sur le casino, mais le diffuseur public conteste cette poursuite, arguant que ses reportages relèvent de l’*intérêt public* et respectent ses normes journalistiques. Enfin, M. Lucifero possède également une dizaine de guichets près de commerces de cannabis dans la communauté mohawk de Kanesatake, dans les Laurentides, en plus de ceux situés dans le Grand Montréal.

