Une Amazonie affaiblie craint les ravages d’El Niño Godzilla
Quand la plus vaste forêt humide du monde manque d’eau, les communautés amazoniennes isolées se retrouvent en danger, et toute la planète devrait être en alerte, avertit le magazine brésilien en ligne “Sumaúma”, alors qu’est attendue la plus intense sécheresse des cent cinquante dernières années..
L'Amazonie, la plus grande forêt humide du monde, fait face à une menace majeure avec l'arrivée d'un épisode d'El Niño particulièrement intense, surnommé El Niño Godzilla par les scientifiques. Cet événement climatique, attendu comme le plus sévère des 150 dernières années, risque d'aggraver une situation déjà critique pour la région. En 2023-2024, un précédent épisode d'El Niño avait déjà provoqué une sécheresse historique en Amazonie, asséchant les fleuves et déclenchant des incendies dévastateurs. La forêt, affaiblie par des années de déforestation et de dérèglement climatique, n'a pas eu le temps de se rétablir. Les communautés locales, isolées dans des hameaux accessibles uniquement par les voies fluviales, se retrouvent en première ligne face à cette catastrophe annoncée.
Mauyra Asurini, un instituteur vivant dans un petit hameau isolé du bassin du Xingu au Brésil, a vécu l'enfer lors de la sécheresse de 2023-2024. L'assèchement des cours d'eau a coupé sa famille du reste du monde pendant des mois, les privant d'accès aux villages voisins et aux ressources essentielles. Pour trouver de l'eau, il a dû creuser un puits, puis un second, avant de devoir parcourir plusieurs kilomètres chaque jour pour atteindre une source, parfois à sec. La famille a dû rationner l'eau et parfois s'en passer pendant des heures. Ces conditions extrêmes illustrent les conséquences concrètes d'El Niño sur les populations locales, déjà vulnérables en raison de leur isolement géographique.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit tous les 2 à 7 ans dans l'océan Pacifique. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface, ce qui perturbe les courants atmosphériques et les régimes de pluie à l'échelle mondiale. En Amazonie, El Niño réduit les précipitations, entraînant des sécheresses prolongées. L'épisode actuel, qualifié de Godzilla en raison de son intensité exceptionnelle, est attendu comme le plus fort depuis quatre-vingts ans. Ce phénomène est aggravé par le dérèglement climatique, qui intensifie ses effets et rend les épisodes plus fréquents et plus sévères.
L'Amazonie, souvent appelée le poumon de la Terre en raison de son rôle dans la production d'oxygène et la régulation du climat, est aujourd'hui gravement fragilisée. La déforestation, principalement due à l'agriculture intensive et à l'exploitation minière, a réduit la capacité de la forêt à résister aux sécheresses. En 2023-2024, plus de 100 000 km² de forêt ont été détruits, soit une superficie équivalente à celle de l'Islande. Cette dégradation affaiblit le cycle de l'eau et rend la région plus vulnérable aux incendies et aux pénuries d'eau. Les scientifiques alertent sur le risque d'un effondrement partiel de l'écosystème si les conditions actuelles persistent.
Les conséquences d'une sécheresse prolongée en Amazonie dépassent les frontières brésiliennes. La forêt joue un rôle clé dans la régulation du climat mondial en absorbant d'énormes quantités de CO₂. Son affaiblissement pourrait accélérer le réchauffement climatique et perturber les régimes de pluie en Amérique du Sud, en Afrique et même en Asie. Les scientifiques craignent que cette situation ne déclenche un cercle vicieux : moins de pluie signifie moins de végétation, ce qui réduit encore la capacité de la forêt à produire de l'humidité. Une telle dégradation aurait des répercussions sur l'agriculture, les ressources en eau et la biodiversité à l'échelle planétaire.
L'article est issu de *Sumaúma*, un média brésilien spécialisé dans le journalisme environnemental, fondé en 2022 par la journaliste Éliane Brum et le journaliste britannique Jonathan Watts. Basé à Altamira, en Amazonie, ce média se concentre sur les enjeux climatiques et les droits des peuples autochtones. Il publie des reportages en portugais, anglais et espagnol, avec pour objectif de donner la parole aux communautés locales et de diffuser des données scientifiques sur l'état de la planète. *Sumaúma* est l'un des rares médias à couvrir l'Amazonie depuis l'intérieur de la forêt, offrant un point de vue unique sur les crises environnementales.

