Le triallate, un pesticide interdit
Encore une fois, Annie Genevard ignore la science au profit de l'agro-industrie. Le 22 septembre, la ministre de l'Agriculture a décidé d'autoriser l'Avadex Factor, un herbicide à base de triallate, par une dérogation de 120 jours sur les cultures d'orge d'hiver.
En 2020, le triallate, un pesticide de la famille des thiocarbamates, est interdit en France en raison de ses risques pour la santé humaine et l’environnement. Ce produit était notamment utilisé pour lutter contre les mauvaises herbes dans les cultures de céréales comme le blé ou l’orge. En 2023, le ministère de l’Agriculture français décide de réautoriser temporairement son utilisation jusqu’au 31 décembre 2024. Cette décision intervient malgré les alertes des scientifiques et des associations environnementales, qui soulignent les dangers persistants du produit. Le triallate est classé comme perturbateur endocrinien et peut contaminer les sols et les eaux souterraines. Son usage reste encadré par des restrictions strictes, comme l’obligation de porter des équipements de protection pour les applicateurs.
La réautorisation du triallate s’appuie sur des arguments économiques et techniques. Selon le ministère de l’Agriculture, ce pesticide est jugé indispensable pour certaines cultures, notamment en raison de l’absence d’alternatives viables à court terme. Les professionnels du secteur agricole, représentés par des syndicats comme la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), ont fait pression pour son retour, arguant que son interdiction menaçait la compétitivité des exploitations. Le ministère précise que cette mesure est temporaire et vise à permettre des recherches supplémentaires sur des solutions de remplacement. Aucune étude scientifique récente n’a été citée pour justifier cette décision, ce qui a suscité des critiques.
Plusieurs associations environnementales, dont Générations Futures et Pesticide Action Network France (PAN Europe), dénoncent cette réautorisation. Elles rappellent que le triallate est classé comme cancérogène possible par l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) et comme toxique pour la reproduction par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces organisations pointent également le manque de transparence dans la procédure de réautorisation. Selon elles, cette décision ignore les principes de précaution et expose les agriculteurs, les riverains et les consommateurs à des risques inutiles. Elles appellent à une interdiction définitive du produit.
Le triallate est autorisé dans certains pays de l’*Union européenne*, mais son usage est strictement encadré. En France, sa réautorisation s’inscrit dans un contexte de tensions entre les objectifs de réduction des pesticides et les besoins des agriculteurs. La *Stratégie nationale de réduction des pesticides* vise une baisse de 50 % de leur utilisation d’ici 2030, mais des dérogations comme celle du triallate compliquent sa mise en œuvre. L’*Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)* avait pourtant recommandé en 2019 de ne pas renouveler l’autorisation du triallate en raison de ses risques pour la santé. La France, comme d’autres États membres, peut déroger à ces recommandations sous conditions.

