À la recherche du Québec : « Veux-tu voir mon tracteur? »
« On a-tu les moyens au Québec de se gâter avec un TGV? » demande-t-il. Mais c’est une question rhétorique..
L’article décrit la région de Neuville, située entre Trois-Rivières et Québec, comme un paysage rural apaisant et pittoresque. Les champs en pente, baignés par la lumière dorée de septembre, sont cultivés par des agriculteurs locaux. Gisèle Béland, née en 1949, y récolte des oignons avec une autre femme, illustrant une tradition agricole transmise de génération en génération. La région est traversée par la route 138, où des manoirs en pierre du régime français côtoient des églises silencieuses et des granges. Le fleuve Saint-Laurent, avec ses cargos, ajoute une dimension maritime à ce décor. Ce paysage, qualifié de Québec tranquille, contraste avec les constructions modernes qui peuvent le défigurer. La région est également marquée par des falaises dramatiques sur la rive opposée, renforçant son caractère unique.
Le projet de train à grande vitesse (TGV) nommé Alto, soutenu par plusieurs partis politiques québécois (CAQ, PLQ, QS), suscite des débats dans la région. Le Parti conservateur d’Éric Duhaime et le Parti québécois s’y opposent, ce dernier proposant même de retirer le Québec du projet pour réallouer les fonds à d’autres infrastructures. Gisèle Béland, dont la famille possède la terre depuis des générations, ne s’inquiète pas outre mesure, car le train s’arrêtait autrefois dans sa région. En revanche, les agriculteurs Jean-Claude Côté et ses enfants, Demsey et Janie, expriment leur mécontentement face à ce projet. Ils estiment que les besoins des agriculteurs ne sont pas pris en compte et que le TGV pourrait perturber leurs activités quotidiennes, notamment en bloquant l’accès à leurs terres.
Jean-Claude Côté, 70 ans, travaille de l’aube à la tombée de la nuit, tout comme son fils Demsey, qui cumule environ 100 heures de travail par semaine. Janie, quant à elle, se lève à 4h30 chaque matin pour s’occuper des vaches. Malgré ces efforts, les revenus des agriculteurs sont modestes : environ 32 000 dollars par année en moyenne, sans fonds de pension ni vacances. Jean-Claude souligne que les prix des produits agricoles sont fixés par seulement deux grands distributeurs, laissant peu de marge de manœuvre aux producteurs. Il critique également le manque d’attention des gouvernements envers le secteur agricole, comparant la situation à une expropriation subie par son père lors de la construction de l’autoroute 40 dans les années 1970. Il craint que, sans soutien, l’agriculture québécoise ne disparaisse, forçant le Québec à importer des produits alimentaires des États-Unis.
Les agriculteurs de la région, comme les Côté, dépendent fortement des travailleurs étrangers temporaires pour pallier le manque de main-d’œuvre locale. Jean-Claude explique que, autrefois, les jeunes travaillaient dans les fermes, mais que cette tradition a disparu. Les travailleurs étrangers, bien que nécessaires, représentent un coût élevé pour les agriculteurs, et les salaires versés ne restent pas au Québec. Cette dépendance soulève des questions économiques et sociales, notamment sur l’impact de ces travailleurs sur l’économie locale. Jean-Claude Côté évoque aussi les difficultés rencontrées pour exprimer ses préoccupations, notamment sur les réseaux sociaux, où il a été critiqué par des citadins ne comprenant pas les enjeux agricoles.
Le projet de TGV *Alto* est perçu par les agriculteurs comme une menace supplémentaire à leur mode de vie. Demsey Côté explique que les travaux pourraient perturber l’irrigation des terres et compliquer l’accès à leurs champs, notamment en raison de la nécessité de contourner les voies ferrées. Il souligne que les agriculteurs n’ont pas les moyens de faire grève pour protester, mais rêve parfois que les consommateurs réalisent l’importance de leur travail en cas de pénurie alimentaire. Jean-Claude Côté, dont la famille a déjà été expropriée pour la construction d’une autoroute, craint que le TGV ne reproduise des erreurs du passé, comme l’arasement des meilleures terres agricoles. Il a finalement cessé de s’exprimer publiquement sur le sujet, découragé par les réactions hostiles.

