Cancer de la prostate : la radiothérapie ciblée pourrait retarder la récidive
Quand le cancer de la prostate revient, il ne réapparaît souvent qu'en quelques points visibles. Le hic, c'est que des cellules trop petites pour être repérées circulent déjà ailleurs.
Lorsqu’un cancer de la prostate revient après un premier traitement, il réapparaît souvent sous forme de quelques foyers tumoraux visibles, généralement entre un et cinq. Cependant, des cellules cancéreuses peuvent déjà circuler dans le corps sans être détectables par les examens d’imagerie, même les plus précis comme la TEP au PSMA (tomographie par émission de positons utilisant une molécule ciblant la protéine PSMA). Ces cellules invisibles échappent aux traitements localisés comme la radiothérapie classique, qui ne cible que les tumeurs identifiées. L’enjeu est donc de traiter non seulement les foyers visibles, mais aussi ces micro-métastases pour éviter une nouvelle progression de la maladie. En octobre 2026, des chercheurs de l’UCLA Health ont publié dans la revue European Urology des résultats prometteurs pour une approche combinant radiothérapie et un médicament radioactif.
La protéine PSMA (antigène spécifique de la prostate) est présente à la surface de la majorité des cellules cancéreuses de la prostate, saines ou malades. Elle sert de marqueur pour identifier ces cellules, y compris dans les foyers tumoraux trop petits pour être repérés par les examens d’imagerie. Le médicament radioactif utilisé dans l’essai LUNAR, le 177Lu-PNT2002, se fixe sur cette protéine comme une clé dans une serrure. Une fois fixé, il libère une irradiation directement dans la cellule cancéreuse, détruisant son ADN et empêchant sa multiplication. Contrairement à la radiothérapie classique qui cible des zones précises, ce traitement agit dans tout le corps via la circulation sanguine, permettant d’atteindre des cellules cancéreuses disséminées et invisibles.
L’essai LUNAR, mené par des chercheurs de l’UCLA Health et publié en octobre 2026 dans European Urology, a testé l’efficacité du 177Lu-PNT2002 chez 92 hommes dont le cancer de la prostate était revenu sous forme de un à cinq foyers. Les participants ont été divisés en deux groupes : l’un a reçu uniquement une radiothérapie stéréotaxique (technique de précision ciblant les tumeurs visibles), tandis que l’autre a bénéficié de deux cycles d’injection du médicament radioactif, espacés de huit semaines, avant la radiothérapie. Après un suivi médian de près de trois ans, les résultats montrent une réduction de 62 % du risque de progression du cancer ou de recours à l’hormonothérapie dans le groupe combiné, comparé au groupe sous radiothérapie seule.
Les données de l’essai LUNAR révèlent des différences marquées entre les deux groupes de patients. À deux ans, 33 % des hommes traités par la combinaison radiothérapie + 177Lu-PNT2002 n’avaient plus de maladie détectable, contre seulement 12 % dans le groupe sous radiothérapie seule. Le délai médian sans progression ni hormonothérapie était de 17,6 mois pour le groupe combiné, contre 7,4 mois pour l’autre groupe. De plus, moins de patients du groupe combiné ont vu leur maladie se disséminer largement (3 contre 9 cas avec plus de cinq nouveaux foyers) et moins ont développé un cancer résistant à la castration (1 contre 7 cas). Ces résultats suggèrent que le traitement combiné pourrait non seulement retarder la récidive, mais aussi limiter la gravité de la rechute.
Aucun nouveau signal de toxicité grave n’a été observé avec l’ajout du *177Lu-PNT2002* dans l’essai LUNAR, et les effets indésirables graves sont restés rares. Les chercheurs soulignent que ce traitement pourrait être encore plus efficace s’il était administré plus tôt, lorsque la quantité de cellules cancéreuses dans le corps est faible. À ce stade précoce, le médicament radioactif pourrait détruire un plus grand nombre de cellules avant qu’elles ne se multiplient. Les auteurs de l’étude plaident donc pour des essais supplémentaires visant à tester cette approche en amont, avant que le cancer ne progresse. Cette stratégie pourrait potentiellement éviter ou retarder le recours à l’hormonothérapie, un traitement souvent associé à des effets secondaires importants.

