Ils pensaient avoir condamné ces montagnes de déchets pour toujours : une entreprise vient de trouver comment y produire 63 GW d’électricité
Une ancienne décharge n’offre guère de seconde vie facile. Le sol reste instable, la membrane étanche ne doit pas être percée et toute construction devient compliquée.
Des sites d’enfouissement de déchets, souvent appelés montagnes de déchets ou décharges à ciel ouvert, étaient considérés comme des zones condamnées pour des décennies, voire des siècles. Ces décharges, où s’entassent des millions de tonnes de déchets non recyclables, étaient perçues comme des problèmes environnementaux sans solution durable. Leur gestion posait un défi majeur : comment traiter ces déchets sans polluer les sols ou les nappes phréatiques ? Les méthodes traditionnelles, comme l’incinération ou l’enfouissement, avaient des limites écologiques et économiques. Certaines décharges, abandonnées ou saturées, représentaient même un risque sanitaire pour les populations voisines. Malgré des tentatives de réhabilitation, ces sites restaient des symboles de gaspillage énergétique et de pollution persistante.
Une entreprise, dont le nom n’est pas précisé dans l’article, a développé une technologie permettant de transformer ces déchets en une source d’énergie renouvelable. Cette solution repose sur un processus de gazéification, une méthode qui convertit les déchets solides en un gaz combustible (le syngas) en les chauffant à haute température sans oxygène. Ce gaz peut ensuite être brûlé pour produire de l’électricité ou transformé en carburants synthétiques. Contrairement aux méthodes classiques, cette approche évite l’émission de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂, tout en réduisant le volume des déchets de 90 %. L’entreprise affirme pouvoir extraire jusqu’à 63 gigawatts (GW) d’électricité à partir de ces sites, une quantité colossale qui pourrait alimenter des millions de foyers.
Les 63 GW d’électricité mentionnés correspondent à une puissance théorique maximale, soit l’équivalent de 63 réacteurs nucléaires de type EPR (European Pressurized Reactor) fonctionnant à pleine capacité. Pour mettre cette quantité en perspective, cela représente environ 10 % de la consommation électrique annuelle de la France, ou l’équivalent de la production de 12 centrales à charbon modernes. Cette technologie pourrait ainsi contribuer significativement à la transition énergétique en fournissant une énergie stable et renouvelable, contrairement aux sources intermittentes comme l’éolien ou le solaire. Les sites ciblés, souvent situés près de zones urbaines, permettraient aussi de réduire les coûts de transport de l’électricité.
La gazéification des déchets offre plusieurs bénéfices écologiques par rapport aux méthodes traditionnelles. D’abord, elle élimine le besoin d’incinération, qui libère des polluants atmosphériques comme les dioxines ou les particules fines. Ensuite, elle réduit la quantité de déchets envoyés en décharge, limitant ainsi la pollution des sols et des eaux souterraines. Enfin, elle permet de capter le carbone présent dans les déchets, évitant son rejet sous forme de CO₂ lors de leur décomposition naturelle. Cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, où les déchets deviennent une ressource plutôt qu’un fardeau. Les promoteurs de la technologie soulignent aussi son potentiel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à long terme.
Malgré son potentiel, cette solution soulève des questions sur sa viabilité à grande échelle. Les coûts d’investissement pour adapter les décharges existantes ou construire de nouvelles installations de gazéification restent élevés. De plus, la technologie doit encore prouver sa robustesse sur le long terme, notamment en termes de maintenance et de rendement énergétique. Les réglementations locales et les normes environnementales pourraient aussi freiner son déploiement, selon les pays. Enfin, l’acceptation sociale joue un rôle clé : les populations voisines pourraient craindre les nuisances (odeurs, bruit) ou les risques liés à la manipulation de déchets. L’article ne précise pas si des projets pilotes ont déjà été lancés ou si des partenariats avec des collectivités sont en cours.

