Pour calmer les douleurs laissées par la chimio, des chercheurs misent sur un champignon hallucinogène
La psilocybine, molécule active des champignons hallucinogènes, empêcherait l'apparition de lésions nerveuses causées par la chimiothérapie, selon une étude préclinique..
La chimiothérapie, traitement courant contre le cancer, peut laisser des douleurs persistantes chez certains patients, même après la fin des séances. Ces douleurs, appelées neuropathies chimio-induites, touchent jusqu’à 68 % des patients traités par chimiothérapie, selon des études citées dans l’article. Elles se manifestent par des sensations de brûlure, des picotements, une sensibilité accrue au toucher ou au froid, et peuvent durer des mois, voire des années. Ces symptômes réduisent significativement la qualité de vie des patients, limitant leur capacité à accomplir des tâches quotidiennes ou à reprendre une activité professionnelle. Les traitements actuels, comme les antidouleurs classiques (paracétamol, anti-inflammatoires ou opioïdes), sont souvent insuffisants ou associés à des effets secondaires importants. Les chercheurs explorent donc des solutions alternatives pour soulager ces douleurs rebelles.
Les chercheurs se tournent vers le Psilocybe, un champignon contenant de la psilocybine, une substance psychédélique classée comme stupéfiant en France. La psilocybine est déjà étudiée pour ses effets sur la dépression, l’anxiété et les troubles psychiatriques, mais son potentiel dans le traitement des douleurs chroniques est une piste récente. Des essais cliniques, notamment aux États-Unis et en Europe, testent son efficacité pour réduire les douleurs neuropathiques. Contrairement aux opioïdes, la psilocybine agirait en modulant l’activité de certains récepteurs cérébraux liés à la perception de la douleur, sans créer de dépendance physique. Cependant, son statut légal et ses effets hallucinogènes rendent son utilisation complexe et encadrée.
Plusieurs équipes de recherche, dont certaines en France, mènent des essais cliniques pour évaluer l’impact de la psilocybine sur les douleurs post-chimiothérapie. Une étude pilote, publiée en 2024, a montré une réduction de 30 à 50 % des douleurs chez 15 patients traités avec une dose unique de psilocybine, combinée à un accompagnement psychologique. Ces résultats, bien que préliminaires, sont jugés prometteurs par les scientifiques. D’autres essais, plus larges, sont en cours pour confirmer ces effets et déterminer les doses optimales. Les chercheurs soulignent la nécessité de protocoles stricts pour éviter les risques liés aux hallucinations ou aux mauvaises expériences psychologiques. Ces travaux s’inscrivent dans un contexte de légalisation progressive de la psilocybine dans certains pays, comme le Canada ou l’Australie, pour des usages médicaux.
La psilocybine agirait en se liant aux récepteurs 5-HT2A du cerveau, des protéines qui régulent la libération de sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’humeur et de la douleur. En activant ces récepteurs, la psilocybine modifierait temporairement la perception de la douleur, en réduisant l’activité des zones cérébrales hyperactives chez les patients souffrant de douleurs chroniques. Elle pourrait aussi favoriser une neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se réorganiser, ce qui expliquerait son effet durable même après la disparition de ses effets psychédéliques. Ces mécanismes restent à préciser, mais ils offrent une piste pour comprendre comment une substance hallucinogène pourrait soulager des douleurs physiques.
Malgré des résultats encourageants, l’utilisation de la psilocybine pour traiter les douleurs post-chimiothérapie se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, son statut légal : en France, elle est classée comme stupéfiant, ce qui limite son accès aux essais cliniques. Ensuite, ses effets secondaires, comme les hallucinations ou l’anxiété, nécessitent un encadrement médical strict, souvent coûteux. Les chercheurs soulignent aussi le manque de données sur les interactions avec d’autres traitements, comme les antidépresseurs ou les antidouleurs classiques. Enfin, la variabilité des réponses entre patients rend difficile la prédiction de son efficacité. Ces défis expliquent pourquoi cette piste reste expérimentale, malgré son potentiel.
Si les essais en cours confirment l’efficacité de la psilocybine, elle pourrait représenter une alternative aux traitements actuels, moins efficaces et plus risqués. Les chercheurs envisagent son utilisation dans des *centres spécialisés*, où les patients bénéficieraient d’un suivi psychologique avant, pendant et après la prise. Une légalisation encadrée, comme pour le cannabis médical, est aussi évoquée pour faciliter l’accès à cette thérapie. À plus long terme, des molécules dérivées de la psilocybine, sans effets hallucinogènes, pourraient être développées pour cibler spécifiquement les récepteurs de la douleur. Ces avancées s’inscrivent dans une tendance plus large de réévaluation des substances psychédéliques en médecine, après des décennies de prohibition.

