À diplôme égal, les femmes restent freinées par les sociétés très hiérarchiques
Partout, le diplôme passe pour l'outil qui doit rapprocher les salaires des femmes de ceux des hommes. Pourtant, dans certaines sociétés, il n'y change presque rien.
L’idée que le diplôme réduit les écarts de salaire entre les femmes et les hommes est largement répandue. Pourtant, une étude récente menée par deux économistes sur 144 pays montre que cette croyance ne s’applique pas uniformément. Dans certains contextes, même avec un diplôme équivalent, les femmes ne parviennent pas à atteindre la même rémunération que les hommes. Cette étude révèle donc que le diplôme seul ne suffit pas à garantir l’égalité salariale, et que d’autres facteurs, notamment culturels et sociaux, jouent un rôle majeur. Les deux économistes en question n’ont pas été nommés dans l’article, mais leur travail s’appuie sur des données comparatives à l’échelle mondiale, ce qui permet de mettre en lumière des tendances générales plutôt que des cas isolés.
L’étude met en avant un concept clé : la distance hiérarchique d’un pays. Ce terme désigne l’écart de pouvoir et de statut entre les individus au sein d’une société. Dans les sociétés où cette distance est grande, comme dans certains pays d’Asie ou d’Amérique latine, les inégalités entre les sexes persistent malgré les diplômes. À l’inverse, dans les sociétés où la hiérarchie est moins marquée, comme dans les pays nordiques, le diplôme a un impact plus fort sur la réduction des écarts salariaux. Les chercheurs soulignent que cette distance hiérarchique est souvent liée à des normes culturelles profondes, où le respect de l’autorité et la rigidité des structures sociales freinent l’émancipation des femmes.
Pour arriver à ces conclusions, les deux économistes ont analysé des données couvrant 144 pays, ce qui représente une base de comparaison très large. Leurs résultats montrent que dans les pays où la distance hiérarchique est élevée, l’écart salarial entre les femmes et les hommes diplômés peut atteindre jusqu’à 30 % en défaveur des femmes. À titre de comparaison, dans les pays où cette distance est faible, l’écart se réduit à environ 10 %. Ces chiffres illustrent l’ampleur de l’impact des normes sociales sur l’égalité professionnelle. L’étude ne précise pas quels pays sont concernés par ces écarts, mais elle suggère que les sociétés très hiérarchisées, souvent marquées par des traditions patriarcales, sont les plus touchées.
Les économistes avancent deux mécanismes principaux pour expliquer ce phénomène. D’abord, dans les sociétés très hiérarchiques, les promotions et les augmentations sont souvent accordées en fonction de critères informels, comme les réseaux de relations ou la confiance envers les supérieurs, plutôt que sur les compétences objectives. Les femmes, qui ont moins accès à ces réseaux dominés par les hommes, sont donc désavantagées. Ensuite, ces sociétés valorisent davantage les rôles traditionnels, où les femmes sont souvent cantonnées à des postes subalternes, même si elles sont diplômées. Ces mécanismes expliquent pourquoi le diplôme, bien que nécessaire, ne suffit pas à briser ces barrières structurelles.

