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Généraliste

Une nouvelle relation Québec-Ottawa se dessine

Le Devoir · mis à jour 6 oct.

Paul St-Pierre Plamondon n’était pas encore élu qu’il avait déjà tracé ses lignes rouges face à Mark Carney..

Contexte politique

En octobre 2026, une nouvelle dynamique s’installe entre le Québec et le gouvernement fédéral canadien dirigé par Mark Carney. Le premier ministre québécois, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), chef du Parti québécois (PQ), a clairement affiché ses intentions de s’opposer à Ottawa sur plusieurs dossiers sensibles. Parmi ses lignes rouges figurent le rapatriement des pouvoirs en immigration, l’abolition de la monarchie au Québec et la remise en question du projet de train à grande vitesse Alto reliant Québec à Toronto. Cependant, ce rapport de force s’annonce complexe, car Mark Carney bénéficie d’un capital de sympathie exceptionnel auprès des Québécois. Lors des élections fédérales de 2025, son parti, le Parti libéral du Canada (PLC), avait obtenu 42,6 % des voix au Québec, remportant 44 des 78 sièges provinciaux. En 2026, Carney enregistre 48 % d’intentions de vote dans la province, malgré les tensions commerciales avec les États-Unis.

Crise tarifaire et enjeux économiques

Un des premiers sujets de friction entre Québec et Ottawa concerne la gestion de la crise tarifaire avec les États-Unis. Le Québec reproche à Ottawa sa réponse aux tarifs américains, qualifiée de « très dommageable » pour les entreprises et les citoyens. Le PQ propose que les sommes recueillies par le fédéral grâce aux contre-tarifs soient redistribuées au Québec en fonction des sacrifices consentis par ses entreprises. Une autre option envisagée par le Québec serait de se retirer du Conseil de la fédération, une instance qui réunit les provinces canadiennes. Cependant, cette stratégie pourrait s’avérer risquée, car la population québécoise est globalement satisfaite de la gestion de Carney face à la crise tarifaire. Selon Charles Breton, directeur exécutif du Centre d’excellence sur la fédération canadienne, une élection fédérale aujourd’hui donnerait plus de 45 % des voix à Carney au Québec, ce qui renforce son influence.

Décision de la Cour suprême

Un élément clé qui pourrait redéfinir le rapport de force entre Québec et Ottawa est la décision imminente de la Cour suprême du Canada sur la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21), adoptée par le Québec en 2019. Cette loi interdit le port de signes religieux pour certains employés de l’État, comme les enseignants ou les policiers. La Cour suprême doit trancher sur la validité de cette loi, notamment sur l’utilisation de la disposition de dérogation (ou clause dérogatoire), qui permet au Québec de contourner temporairement la Charte canadienne des droits et libertés. Une décision limitant cette disposition pourrait provoquer un « ressac » de l’opinion publique contre le gouvernement Carney, offrant ainsi un levier politique à Paul St-Pierre Plamondon pour faire avancer l’option indépendantiste. À l’inverse, si la Cour suprême valide la loi 21, le PQ aura plus de difficultés à critiquer le fonctionnement du fédéralisme canadien.

Immigration : un dossier explosif

L’immigration est un autre terrain de confrontation entre les deux gouvernements. Mark Carney a récemment indiqué son intention de rehausser les seuils d’immigration, estimant que le fédéral a « repris le contrôle » du système. Cette position s’oppose directement aux projets du PQ, qui souhaite réduire de moitié le nombre d’immigrants temporaires et abaisser le seuil annuel d’immigration permanente à 35 000 personnes. Paul St-Pierre Plamondon s’est engagé à « reprendre le contrôle » du dossier dans les 100 premiers jours de son mandat. Cette divergence de vues reflète une tension récurrente entre Québec et Ottawa sur la gestion de l’immigration, un sujet sensible en raison de son impact sur le marché du travail, les services publics et la cohésion sociale.

Abolition de la monarchie

Paul St-Pierre Plamondon a également annoncé son intention d’abolir la monarchie au Québec, une démarche complexe sur le plan juridique. Pour supprimer le poste de lieutenant-gouverneur (représentant de la Couronne au Québec), il faudrait l’accord unanime du Parlement fédéral et des provinces canadiennes. Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de réduire l’influence de la Couronne britannique au Québec. Cependant, le projet se heurte à un obstacle majeur : Mark Carney, très attaché à la monarchie, a récemment invité le roi Charles III à prononcer le discours du Trône à Ottawa. Une telle réforme nécessiterait donc un appui politique que le gouvernement Carney n’est pas prêt à accorder, rendant la tâche ardue pour le PQ.

Projet de TGV Alto

Le Québec envisage également de se retirer du projet fédéral de train à grande vitesse Alto, qui doit relier Québec à Toronto. Ce projet, soutenu par 65 % des Québécois selon un sondage Pallas publié en 2026, est perçu comme une priorité économique par une majorité de la population. Le PQ s’y oppose, estimant que ce projet ne répond pas aux besoins réels du Québec. Cependant, une confrontation sur ce dossier pourrait s’avérer risquée pour Paul St-Pierre Plamondon, car la majorité des Québécois y sont favorables. Louis Massicotte, professeur retraité de science politique à l’Université Laval, souligne que le nouveau premier ministre doit éviter une stratégie de confrontation systématique avec Ottawa, Carney restant plus populaire que lui au Québec.

Ce que ça pourrait changer

Paul St-Pierre Plamondon doit donc naviguer avec prudence entre ses ambitions politiques et les réalités du rapport de force avec Ottawa. Une stratégie de confrontation tous azimuts pourrait se retourner contre lui, d’autant plus que Mark Carney bénéficie d’un soutien populaire important. Les observateurs politiques estiment que le PQ pourrait tirer profit d’une décision de la Cour suprême favorable à la loi 21, qui lui donnerait un argument supplémentaire pour critiquer le fédéralisme canadien. À l’inverse, une décision défavorable affaiblirait sa position. Dans ce contexte, le nouveau gouvernement québécois doit choisir ses batailles avec soin pour éviter de s’aliéner une population globalement satisfaite de la gestion actuelle des dossiers par Ottawa.

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