NapseflowNapseflow
Géopolitique

Au Kosovo, le verdict contre Thaçi ravive les fractures de l’après-guerre

Courrier International · mis à jour il y a 3 j

Le Tribunal spécial pour le Kosovo, établi à La Haye, a condamné le 16 septembre l’ancien président kosovar Hashim Thaçi à vingt-cinq ans de prison pour les crimes de guerre de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), dont il fut l’un des principaux dirigeants politiques pendant le conflit de 1998-1999 contre les forces serbes. Au Kosovo comme en Serbie, ce verdict réveille les interprétations opposées des guerres de l’ex-Yougoslavie, constate la presse régionale..

Condamnation historique

Le 16 septembre 2026, le Tribunal spécial pour le Kosovo, basé à La Haye aux Pays-Bas, a condamné l’ancien président kosovar Hashim Thaçi à 25 ans de prison pour des crimes de guerre commis entre 1998 et 1999. Trois autres anciens dirigeants de l’UCK (Armée de libération du Kosovo), Jakup Krasniqi (25 ans), Kadri Veseli (18 ans) et Rexhep Selimi (13 ans), ont également été condamnés pour leur rôle dans une entreprise criminelle commune. Les juges ont reconnu ces hommes coupables de détentions arbitraires, traitements cruels, tortures et meurtres, principalement envers des Serbes, des Roms et des Albanais du Kosovo considérés comme opposants à l’UCK. Le tribunal a cependant acquitté les accusés des charges de crimes contre l’humanité, une distinction importante dans ce procès.

UCK : héros ou criminels ?

Pour une grande partie de la population albanaise du Kosovo, l’UCK reste un symbole de la lutte pour l’indépendance du Kosovo, alors province de la Serbie, obtenue en 2008. Hashim Thaçi et les autres dirigeants condamnés étaient perçus comme des héros nationaux. La condamnation à de lourdes peines de prison a donc provoqué une vague de colère et de sentiment d’injustice au Kosovo. La présidente par intérim Albulena Haxhiu a appelé au calme tout en soulignant la possibilité d’un appel. Le Premier ministre albanais Edi Rama a qualifié la décision de honte, tandis que l’ancien Premier ministre Ramush Haradinaj a dénoncé un verdict inacceptable, affirmant que l’UCK avait mené une juste guerre de libération. Le tribunal a précisé que le procès ne remettait pas en cause la légitimité de l’UCK ni son objectif d’indépendance.

Réactions en Serbie

En Serbie, où l’indépendance du Kosovo n’est toujours pas reconnue, le verdict a été accueilli avec scepticisme. Le tabloïd Kurir a titré Le verdict ou la farce, soulignant que les peines totales (81 ans pour les quatre accusés) ne reflétaient pas des crimes contre l’humanité. Le président serbe Aleksandar Vucic a appelé à ne pas céder à l’euphorie, estimant que le tribunal n’avait pas retenu l’existence d’une attaque généralisée contre les civils pour ne pas entacher la crédibilité de l’UCK. L’hebdomadaire Vreme a rappelé le rôle de la justice internationale, confrontée à une morale tribale : si les leurs sont condamnés, la décision est juste ; si ce sont les nôtres, elle devient injuste. Le même jour, Ratko Mladic, condamné à perpétuité pour génocide à Srebrenica, a été enterré avec les honneurs militaires en Serbie.

Contexte historique

Le conflit au Kosovo s’est déroulé entre 1998 et 1999, opposant l’UCK aux forces serbes. La guerre s’est terminée après 78 jours de bombardements de l’Otan contre la République fédérale de Yougoslavie, contraignant les forces serbes à se retirer. Ce conflit a fait environ 13 000 morts, majoritairement des Albanais du Kosovo. L’indépendance du Kosovo a été proclamée en 2008, mais n’est toujours pas reconnue par la Serbie. Le procès actuel porte sur des crimes commis pendant cette période, mais aussi sur des actes de violence interne à l’UCK, notamment envers des opposants ou des minorités.

Ce que ça pourrait changer

L’avocat de Thaçi, Pierre-Richard Prosper, a estimé que la condamnation pour *entreprise criminelle commune* pourrait laisser entendre que l’*Otan* s’y était associée, une affirmation controversée. La guerre du Kosovo avait en effet conduit à une intervention militaire de l’Otan contre la Serbie, sans mandat de l’ONU. Cette question soulève des tensions entre la légitimité de la lutte pour l’indépendance et les crimes commis en marge du conflit. Malgré les heurts entre manifestants et forces de l’ordre à La Haye et au Kosovo, les appels au calme restent majoritaires, bien que la colère persiste dans les deux camps.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.