Qu’est-ce qui est possible pour QS?
QS a fait la démonstration de sa pertinence au Parlement, mais le parti ne joue pas cette carte électorale..
Québec solidaire (QS) mène une campagne électorale dans un contexte difficile, avec des attentes modestes. Lors d’un arrêt à Mont-Saint-Hilaire, la cheffe Ruba Ghazal est interpellée par Anne, une employée de 72 ans d’un verger, qui lui demande de l’aide face à l’augmentation des loyers. Les prix des logements, estimés entre 2000 et 3000 dollars, dépassent le supplément de revenu garanti que reçoit Anne. Ghazal lui répond en proposant des mesures pour contrôler les coûts des loyers, affirmant que QS est le seul parti à les proposer. Les sondages placent QS autour de 10 % des intentions de vote, un score qui pourrait le rendre marginal à l’Assemblée nationale s’il ne conserve pas ses dix comtés. Pourtant, les co-porte-parole Ruba Ghazal et Sol Zanetti ont axé leur campagne sur des promesses ambitieuses, comme la création d’épiceries publiques ou une taxe pour les riches, visant une majorité de sièges.
Québec solidaire se distingue par son rôle d’influenceur à l’Assemblée nationale plutôt que par son bilan de réformes majeures. Le parti a contribué à modifier plusieurs lois, comme la loi Françoise David (2026), qui protège les locataires de plus de 70 ans résidant au même endroit depuis 10 ans contre les évictions. Plus récemment, QS a poussé le gouvernement Legault à autoriser la colocation dans tous les HLM, une mesure initialement restreinte. Le parti a également milité pour l’adoption de la loi Gabie Renaud, permettant aux femmes de connaître les antécédents de violence de leur conjoint, ainsi que pour l’interdiction des boissons énergisantes pour les moins de 16 ans, une loi adoptée avec le soutien du Parti libéral du Québec. Ces interventions montrent que QS, bien que minoritaire, joue un rôle clé dans l’évolution législative.
Québec solidaire mise sur une campagne positive, ce qui lui vaut une réception chaleureuse sur le terrain, mais cette approche ne se traduit pas toujours par des votes. Les intentions de vote restent serrées entre le Parti libéral, la CAQ et le Parti québécois, tandis que QS est devancé par le Parti conservateur du Québec. Les électeurs pourraient privilégier un vote stratégique plutôt que de soutenir QS, malgré sa pertinence parlementaire. Le parti, qui n’a presque aucune chance de remporter le pouvoir d’ici le 5 octobre 2026, pourrait envisager une stratégie plus modeste : demander aux Québécois de lui accorder la balance du pouvoir, comme le fait Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec. Cette approche, plus réaliste, mettrait en avant le bilan concret de QS plutôt que des promesses de réformes radicales.
L’élection du maire de New York, Zohran Mamdani, en 2025, a inspiré les militants de Québec solidaire, prouvant qu’une gauche socialiste peut remporter des victoires électorales. Cependant, au Québec, QS peine à traduire cette inspiration en appuis concrets. Le parti, le plus à gauche de l’échiquier politique québécois, pourrait s’inspirer de la stratégie du Parti conservateur du Québec, qui mise sur des ambitions modestes pour obtenir des sièges. Contrairement au Parti conservateur, QS dispose d’un bilan parlementaire solide, avec des lois adoptées ou influencées, ce qui renforce sa crédibilité. La question se pose : une campagne axée sur l’influence plutôt que sur le pouvoir pourrait-elle mieux servir QS dans les dernières semaines avant le scrutin ?

