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Environnement

Pesticides dans les tomates : les seuils autorisés de flupyradifurone pourraient être plus que doublés

Reporterre · mis à jour il y a 17 j

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) propose de plus que doubler la limite maximale de résidus de flupyradifurone autorisée dans les tomates. Cet insecticide, de la famille des buténolides, est apparenté aux néonicotinoïdes par ses effets sur le système nerveux des insectes.

Nouveau seuil pour flupyradifurone

L’Union européenne envisage de doubler, voire plus, les seuils maximaux de résidus (LMR, Limites Maximales de Résidus) de la flupyradifurone, un pesticide utilisé notamment dans la culture des tomates. Actuellement, la limite autorisée dans les tomates est fixée à 0,7 mg/kg (milligrammes par kilogramme). Cette substance active, classée parmi les néonicotinoïdes (une famille d’insecticides agissant sur le système nerveux des insectes), pourrait voir son seuil relevé à 1,5 mg/kg selon une proposition de la Commission européenne. Cette décision intervient dans le cadre d’une réévaluation des normes sanitaires pour certains pesticides, et pourrait s’appliquer dès 2025 si elle est adoptée. La flupyradifurone est souvent utilisée en agriculture pour lutter contre les pucerons et autres ravageurs, mais son usage suscite des débats en raison de ses effets potentiels sur la santé humaine et l’environnement.

Risques pour la santé

La flupyradifurone appartient à la famille des néonicotinoïdes, des pesticides neurotoxiques conçus pour cibler le système nerveux des insectes. Bien que son utilisation soit autorisée en Europe, des études scientifiques ont mis en lumière des effets préoccupants sur la santé humaine, notamment des perturbations endocriniennes (dérèglements hormonaux) et des risques pour le développement neurologique des enfants. En 2020, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait souligné que les données disponibles ne permettaient pas d’exclure totalement ces risques aux doses actuelles. Pour les consommateurs, l’augmentation des seuils pourrait entraîner une exposition accrue à ce pesticide via l’alimentation, bien que les autorités sanitaires estiment que les nouvelles limites resteraient dans des marges de sécurité jugées acceptables. Les associations de défense de l’environnement et de la santé publique contestent cependant cette évaluation.

Contexte réglementaire européen

La proposition de la Commission européenne s’inscrit dans une révision des LMR (Limites Maximales de Résidus) pour plusieurs pesticides, dont la flupyradifurone. Cette révision est menée dans le cadre du règlement (CE) n°396/2005, qui encadre les teneurs maximales autorisées dans les denrées alimentaires. La Commission justifie cette hausse des seuils par des données scientifiques actualisées et des demandes d’autorisation d’usage émanant des États membres ou des industriels. Cependant, cette décision est critiquée par des scientifiques et des ONG, qui estiment que les évaluations des risques ne prennent pas suffisamment en compte les effets cumulatifs (exposition à plusieurs pesticides) ou les vulnérabilités spécifiques (femmes enceintes, jeunes enfants). En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) n’a pas encore pris position sur cette proposition.

Réactions des parties prenantes

Plusieurs acteurs s’opposent à cette augmentation des seuils. Les ONG environnementales, comme Générations Futures ou Pesticide Action Network Europe, dénoncent une dérégulation qui pourrait aggraver la contamination des aliments et des écosystèmes. Elles rappellent que la flupyradifurone est déjà interdite dans certains pays, comme le Canada, en raison de ses risques pour les pollinisateurs, essentiels à la biodiversité. Du côté des agriculteurs, certains estiment que cette mesure leur permettrait de mieux lutter contre les ravageurs sans recourir à des alternatives plus coûteuses ou moins efficaces. La Commission européenne défend quant à elle une approche basée sur les données scientifiques disponibles, tout en reconnaissant la nécessité de poursuivre les recherches sur les effets à long terme de ce pesticide.

Ce que ça pourrait changer

La proposition de la Commission européenne doit encore être soumise à un **vote des États membres** au sein du **Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux** (SCOPAFF). Si elle est adoptée, les nouveaux seuils pourraient entrer en vigueur dès **2025**. En parallèle, des **études complémentaires** sont en cours pour évaluer les risques liés à la flupyradifurone, notamment sur les **populations vulnérables** et les **milieux aquatiques**. L’enjeu principal reste l’équilibre entre la **protection des cultures**, la **sécurité alimentaire** et la **préservation de l’environnement**, dans un contexte où l’usage des pesticides fait l’objet de vifs débats en Europe. Les consommateurs, eux, pourraient voir leurs assiettes contenir davantage de résidus de ce pesticide, sans que les risques ne soient totalement élucidés.

Sujets complémentaires

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