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Réglementation de l’IA : un PDG canadien se méfie des demandes de la Silicon Valley

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 5 j

« Nous avons besoin de plus de voix à la table », défend le fondateur de Cohere..

Contexte de l'IA

L’intelligence artificielle (IA) est présentée comme une révolution technologique majeure, comparable à des tournants historiques comme la révolution industrielle. Les entreprises spécialisées dans ce domaine, comme Cohere (Canada) et Anthropic (États-Unis), développent des modèles d’IA de plus en plus puissants. Ces modèles sont capables d’effectuer des tâches complexes, comme générer du texte, analyser des données ou prendre des décisions. Leur développement s’accélère rapidement, ce qui soulève des questions sur leur régulation et leurs impacts potentiels sur la société. Les acteurs du secteur s’opposent sur la manière de gérer ces enjeux, notamment en ce qui concerne la vitesse de développement et les garde-fous à mettre en place.

Les acteurs clés

Deux figures majeures s’opposent dans ce débat : Aidan Gomez, PDG et cofondateur de Cohere, une entreprise canadienne spécialisée dans l’IA, et Dario Amodei, PDG et cofondateur d’Anthropic, une entreprise américaine. Gomez critique les propositions d’Amodei, qu’il juge trop centrées sur les intérêts des grandes entreprises américaines. Amodei, dans un plaidoyer publié le 14 septembre 2026, demande un ralentissement du développement de l’IA et une coordination entre les entreprises pour établir des réglementations, tout en évitant de perdre un avantage concurrentiel face à la Chine. Gomez rejette l’idée que ces entreprises devraient dicter les règles seules.

Propositions d'Anthropic

Dario Amodei propose plusieurs mesures pour encadrer l’IA, dont un ralentissement de son développement pour éviter des erreurs irréversibles. Il suggère aussi que les entreprises d’IA, notamment américaines, puissent se concerter plus librement, en assouplissant les restrictions antitrust (règles visant à éviter les monopoles). Selon lui, ces entreprises devraient établir des standards communs pour réguler l’IA, tout en incluant les gouvernements comme médiateurs. Cependant, Gomez critique cette approche, la qualifiant de tentative des grandes entreprises pour contrôler le secteur sous couvert de sécurité. Il y voit un risque de cartel où quelques acteurs dicteraient les règles.

Critique de Gomez

Aidan Gomez rejette l’idée que les grandes entreprises d’IA, qu’il qualifie d’oligopole (un petit groupe dominant un marché), devraient être les seules à décider des réglementations. Il souligne que l’IA est une technologie aux enjeux sociétaux et historiques majeurs, et que ses règles ne peuvent être écrites par un groupe restreint aux intérêts commerciaux. Gomez propose plutôt une structure internationale incluant gouvernements, scientifiques, entreprises et experts de divers horizons pour encadrer les risques liés à l’IA. Il insiste sur la nécessité d’une transparence obligatoire concernant la construction des modèles, leurs utilisations, leurs capacités et leurs risques.

Rôle des gouvernements

Frédérick Plamondon, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et expert en éthique de l’IA, partage en partie les inquiétudes de Gomez. Il reconnaît que la proposition d’Amodei, qui inclut les gouvernements comme médiateurs, est un pas dans la bonne direction, mais reste sceptique quant à sa faisabilité. Selon lui, une coordination internationale est difficile à imaginer, surtout dans un contexte où les États-Unis dominent à la fois les modèles d’IA et les infrastructures nécessaires. Il souligne aussi que les déclarations alarmistes sur les dangers de l’IA pourraient servir des intérêts commerciaux, en présentant les entreprises comme les seules capables de gérer ces risques.

Transparence et évaluation

Gomez propose que les évaluations des risques liés à l’IA soient réalisées par des organismes indépendants, selon des critères prédéfinis par une structure internationale. Il insiste sur la nécessité de tester les systèmes d’IA pour identifier leurs dangers potentiels, plutôt que de laisser les entreprises elles-mêmes déterminer ce qui doit être évalué. Plamondon ajoute que ce débat devrait inclure davantage la voix du public, afin de définir collectivement le projet de société associé à l’IA. Il regrette que les discussions actuelles se concentrent surtout sur la sécurité, au détriment des valeurs et des attentes sociétales.

Ce que ça pourrait changer

Le débat sur la régulation de l’IA s’inscrit dans un contexte politique tendu. Aux États-Unis, le président Donald Trump a déclaré le 16 septembre 2026, via son réseau *Truth Social*, que les scénarios catastrophiques liés à l’IA (comme une prise de contrôle par les machines) seraient un *canular*. Cette position contraste avec les appels à la prudence lancés par certains acteurs du secteur. Au Canada, Aidan Gomez, en tant que PDG d’une entreprise locale, défend une approche plus inclusive et internationale, loin des dynamiques de pouvoir américaines.

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