À voir au cinéma: «Les Survivants du Che», «Adieu monde cruel»
Documentaires ou fictions, historiques ou contemporains, les films de Christophe Dimitri Réveille, Félix de Givry, Markus Schleinzer ou Nicolas Graux et Trương Minh Quý sont des découvertes aussi mémorables qu'inattendues..
Le film Les Survivants du Che, réalisé par Christophe Dimitri Réveille, retrace l'épopée de six guérilleros ayant échappé à la traque des troupes boliviennes en 1967. Ces trois Cubains et trois Boliviens, derniers combattants de l'expédition d'Ernesto Che Guevara en Bolivie, ont parcouru 2 400 kilomètres à pied à travers jungles et montagnes, poursuivis par des milliers de soldats et l'appui des États-Unis. Le documentaire, présenté discrètement au Festival de Cannes 2026, est un exploit à la fois physique, journalistique et cinématographique. Le réalisateur a reconstitué leur parcours et interrogé six survivants, dont le Cubain Dariel Alarcón Ramírez (Benigno) et le Bolivien Efrain Quicanes (El Negro), ainsi que des figures historiques comme Régis Debray. Le film mêle archives, images tournées sur place et animations pour illustrer les événements manquants, offrant un récit dynamique et une plongée dans l'histoire de la révolution cubaine et de ses lendemains.
Adieu monde cruel, premier film de Félix de Givry, aborde le suicide d'un adolescent harcelé à l'école et la quête de sens de son amie Léna. Présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2026, ce conte fantastique et réaliste suit les deux jeunes protagonistes dans une aventure qui les mène vers un squat près de la Manche. Le film, salué pour son audace et sa légèreté, s'inscrit dans un cinéma français en renouvellement, porté par de jeunes réalisateurs. Il évoque avec justesse les thèmes de l'enfance, de la résilience et de l'isolement, tout en s'appuyant sur une actualité tragique récente. Le personnage d'Otto, interprété par Milo Machado-Graner, incarne la vulnérabilité et la quête de liberté face à l'oppression.
Rose, réalisé par Markus Schleinzer, se déroule dans une campagne germanique du XVIIe siècle et utilise un noir et blanc saisissant, évoquant les gravures de Dürer. Le film repose sur une performance remarquable de Sandra Hüller, qui incarne un soldat revenant de guerre se travestissant en femme. Ce travestissement, révélé dès le début, transforme le récit en une méditation sur l'identité et le genre, s'inspirant de figures historiques comme Jeanne d'Arc ou Le Retour de Martin Guerre. Le film explore les dynamiques sociales d'un village du XVIIe siècle à travers une mise en scène épurée et des dialogues minimalistes, offrant une expérience visuelle et narrative immersive.
*Hair, Paper, Water*, réalisé par Nicolas Graux et Trương Minh Quý, est un film contemplatif centré sur une vieille femme de la minorité Ruc au Vietnam. Le titre fait référence à trois mots de sa langue maternelle, qu'elle enseigne à son petit-fils et aux réalisateurs. Le film, tourné avec une caméra ancienne en 16 mm, alterne des plans très brefs pour créer une atmosphère poétique et immersive. Il mêle paysages, traditions orales et modernité, évoquant la transmission culturelle et les défis de la survie dans la jungle. Les réalisateurs, dont le Vietnamien Trương Minh Quý connu pour *Viet and Nam*, utilisent des sons et des images pour célébrer une culture en voie de disparition, sans recourir à un documentaire ethnographique classique.

