Grève à Radio France contre Charles Sapin : “On sent poindre un certain malaise”
Alors que les salariés ont voté ce mardi 15 septembre une nouvelle journée de grève lundi 21 septembre, en protestation contre le recrutement du directeur adjoint de “Valeurs actuelles” à l’antenne, un quotidien suisse s’interroge sur ce bras de fer en plein lancement de la campagne électorale..
Le 13 et 14 septembre 2026, les salariés de Radio France, maison mère de France Inter, France Info et France Culture, ont mené une grève pour protester contre le recrutement de Charles Sapin comme directeur adjoint de l'antenne de France Inter. Ce dernier, ancien journaliste du Point et désormais éditorialiste à Valeurs Actuelles, est accusé de porter des idées d’extrême droite. Le magazine Valeurs Actuelles, dont il est devenu le directeur adjoint, a été plusieurs fois condamné pour racisme et est connu pour critiquer vivement l’audiovisuel public français. La grève s’inscrit dans un contexte de tensions autour de la représentation des idées politiques dans les médias publics, alors que la France se prépare à l’élection présidentielle de 2027.
Charles Sapin, recruté par Radio France, est un journaliste qui a travaillé pour Le Point, un magazine de droite républicaine, avant de rejoindre Valeurs Actuelles, un titre de presse souvent associé à l’extrême droite. Depuis le 30 août 2026, il publie un éditorial politique chaque dimanche matin sur France Inter, sans contradicteur. Ce choix a suscité une vive polémique, car Valeurs Actuelles est régulièrement pointé du doigt pour ses positions controversées, notamment des condamnations pour racisme. La direction de Radio France justifie ce recrutement par le principe de pluralisme, une valeur fondamentale de l’audiovisuel public qui vise à représenter une diversité d’opinions.
La grève des salariés de Radio France a débuté le 13 septembre 2026, avec un taux de participation de 12 % selon la direction. Une assemblée générale a ensuite voté à l’unanimité pour une nouvelle journée de grève le 21 septembre. Les grévistes dénoncent non seulement le recrutement de Charles Sapin, mais aussi le fait qu’il intervienne sans contradicteur, ce qui, selon eux, limite le débat démocratique. La direction, de son côté, reste ferme sur sa décision, invoquant le pluralisme comme justification. Cette situation reflète un malaise plus large au sein de l’audiovisuel public français, où les tensions politiques s’exacerbent à l’approche d’une élection présidentielle.
La grève et la pétition signée par de nombreuses personnalités de gauche ont été interprétées par certains médias, comme CNews, Europe 1 ou le JDD, comme une preuve que l’audiovisuel public est partial. Ces chaînes, appartenant en partie à l’empire médiatique de Vincent Bolloré, sont souvent associées à des positions de droite ou d’extrême droite. De leur côté, les grévistes et leurs soutiens estiment que cette affaire illustre un déséquilibre dans la représentation des idées politiques, notamment celles de l’extrême droite, qui seraient déjà surreprésentées dans les médias privés. Deux éditoriaux de Charles Sapin ont été diffusés depuis la rentrée, l’un sur la dette publique et l’autre sur l’intelligence artificielle, des sujets jugés anodins par certains, mais qui n’ont pas apaisé les tensions.
La presse étrangère, comme le *Tages-Anzeiger* suisse ou le *Courrier international*, s’est emparée de cette affaire pour souligner les divisions autour de l’audiovisuel public en France. Le *Tages-Anzeiger* note que la campagne présidentielle de 2027 n’a même pas commencé que les médias français sont déjà en proie à des tensions violentes. Certains observateurs, comme Oliver Meiler, évoquent un *certain malaise* au sein de la direction de Radio France, qui peine à concilier les principes de pluralisme et les critiques sur la légitimité de certains recrutements. Cette situation met en lumière les défis auxquels sont confrontés les médias publics dans un paysage médiatique de plus en plus polarisé.

