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Généraliste

Accès à un GMF : des milliers de patients inscrits sans être vus

ICI Radio-Canada · mis à jour 22 sept.

Des patients pris en charge collectivement se sentent abandonnés, une impression confirmée par les données..

Témoignage d'un échec

Tania Lamoureux, atteinte d'un cancer non diagnostiqué, a tenté pendant trois ans d'obtenir un rendez-vous avec son médecin de famille affilié à un groupe de médecine de famille (GMF), sans succès. Malgré son inscription collective dans un GMF, elle n'a jamais pu consulter directement son médecin attitré. Elle a finalement dû se tourner vers le secteur privé, puis vers un gastro-entérologue public, sans même obtenir une ordonnance de son médecin de famille. Son parcours illustre les difficultés concrètes rencontrées par les patients malgré une inscription officielle dans le système de santé québécois. Elle décrit cette quête comme une épreuve épuisante, comparant l'accès aux soins à une traversée périlleuse où l'absence de rendez-vous disponibles bloque toute avancée.

Données alarmantes

Selon les données de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) couvrant la période du 1er janvier au 31 juillet 2026, 44 % des rendez-vous accordés aux patients inscrits collectivement dans un GMF ont été honorés dans une autre clinique que la leur. Ce chiffre exclut les patients qui n'ont jamais pu accéder à la première ligne de soins, les poussant à se rabattre sur des solutions alternatives comme les urgences ou le secteur privé. Par comparaison, seulement 21,24 % des patients pris en charge par un médecin de famille attitré ont obtenu un rendez-vous. Ces statistiques révèlent un décalage flagrant entre l'inscription administrative et l'accès réel aux soins, soulignant l'inefficacité du système actuel à répondre aux besoins des patients.

Inscription ≠ Accès

Damien Contandriopoulos, professeur à l'école de soins infirmiers de l'Université de Victoria, critique le modèle québécois de gestion de l'accès aux soins. Il explique que le Québec considère comme une priorité l'inscription des patients à un médecin de famille ou à un GMF, mais que cette inscription ne garantit en rien un accès effectif aux soins. Selon lui, le système actuel est un cul-de-sac où les patients, bien que officiellement pris en charge, ne peuvent pas consulter leur médecin. Il plaide pour une diversification des options de soins, incluant des plages horaires étendues et des services sans rendez-vous, afin de répondre à la demande croissante et aux besoins variés des patients.

Manque d'options

Tania Lamoureux souligne l'absence d'alternatives dans le système public, comparant l'accès aux soins à une époque révolue où les patients faisaient la file devant les cliniques. Aujourd'hui, l'accès passe obligatoirement par un guichet de prise de rendez-vous, souvent saturé, ce qui rend toute consultation impossible en l'absence de disponibilités. Une fois son accès obtenu, elle décrit son suivi comme de qualité, comparant son expérience à un voyage sur un bateau luxueux. Cependant, elle insiste sur le fait que le parcours pour y parvenir reste semé d'embûches, nécessitant des démarches complexes et souvent infructueuses.

Pénurie structurelle

Au 22 août 2026, 650 684 nouveaux patients ont été inscrits dans le système de santé québécois, dont 80 % de manière collective dans des GMF. Bien que ce chiffre soit présenté comme un succès, Damien Contandriopoulos le qualifie de non-sens en raison de la pénurie persistante de médecins. Avec une population vieillissante, une augmentation des maladies chroniques et les séquelles de la pandémie de COVID-19, la demande en soins dépasse largement l'offre disponible. Il conclut que les modèles actuels de soins ne sont pas adaptés pour répondre à cette demande croissante, aggravant ainsi les inégalités d'accès aux soins.

Ce que ça pourrait changer

Pour remédier à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées. Damien Contandriopoulos propose d'élargir les options de soins, notamment en développant des services sans rendez-vous et en ajustant les horaires des cliniques pour mieux répondre aux besoins des patients. Il suggère également que les patients inscrits collectivement dans un GMF devraient pouvoir contacter directement leur clinique, comme le font ceux ayant un médecin de famille attitré. Ces mesures visent à réduire la pression sur les urgences et à améliorer l'efficacité du système, tout en reconnaissant que les solutions à long terme nécessitent des investissements structurels et une révision des priorités politiques.

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