“Le professionnalisme du massacre” : le documentaire “Naza”, vu et commenté par un journaliste gazaoui
Mahmoud Mushtaha vivait et travaillait à Gaza. C’est au Royaume-Uni, où il réside aujourd’hui, que le journaliste a découvert “Naza”, le documentaire des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor sur les méthodes employées par Tsahal dans la bande de Gaza.
Le documentaire Naza est une production israélienne réalisée par Yuval Abraham et Rachel Szor. Son titre fait référence à un terme du jargon militaire israélien signifiant dommages collatéraux, c'est-à-dire le nombre attendu de morts civils lors d'une frappe militaire. Le film repose principalement sur des témoignages d'agents du renseignement et de soldats israéliens ayant participé à la destruction de la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Ces militaires y décrivent, de manière anonyme et sous le couvert de l'obscurité, les méthodes employées par l'armée israélienne (Tsahal) lors des opérations. Le documentaire se distingue par son approche : il ne montre pas directement les violences, mais se concentre sur le moment qui précède la violence, c'est-à-dire les discussions et les calculs des militaires avant une frappe. Ces échanges révèlent une logique de planification où le nombre de victimes civiles est anticipé et parfois minimisé, voire banalisé.
Mahmoud Mushtaha, journaliste gazaoui ayant vécu et travaillé à Gaza, a découvert le documentaire Naza au Royaume-Uni, où il réside désormais. Son article, publié sur le site +972 Magazine, relate son expérience de visionnage. +972 Magazine est un média israélo-palestinien anglophone lancé en 2010, dont le nom fait référence au code téléphonique commun à Israël et à la Palestine (+972). Ce site se présente comme une plateforme de partage israélo-palestinienne, de gauche, visant à couvrir les soubresauts sociopolitiques dans les Territoires palestiniens occupés (Cisjordanie, Jérusalem-Est et bande de Gaza). L'article de Mushtaha est traduit de l'anglais et publié le 8 octobre 2026 dans Courrier international.
Une scène marquante du documentaire montre des militaires israéliens discutant tranquillement, depuis un toit de Tel-Aviv, du nombre de morts qu'ils provoquent à Gaza. Ces soldats, souvent des agents du renseignement, évoquent leur participation à la destruction de la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. La caméra descend ensuite le long d'un immeuble de Tel-Aviv, où des habitants regardent un journal télévisé, inconscients des discussions militaires qui se déroulent au-dessus de leurs têtes. Cette juxtaposition illustre le contraste entre la vie quotidienne en Israël et la planification des frappes à Gaza. Les militaires, filmés de nuit et dont les visages et voix sont modifiés pour préserver leur anonymat, décrivent avec une apparente désinvolture les dommages collatéraux qu'ils anticipent.
Le documentaire Naza adopte une approche originale en se concentrant sur les coulisses des opérations militaires plutôt que sur les violences elles-mêmes. Les témoignages recueillis révèlent une logique bureaucratique et technique derrière les frappes, où le nombre de victimes civiles est calculé et parfois justifié. Cependant, le film ne montre pas directement les conséquences des frappes sur les civils gazaouis, se limitant à une scène de destruction. Cette approche peut être perçue comme une tentative de montrer l'horreur à travers l'absurdité des discussions militaires, mais elle laisse aussi une partie de la réalité dans l'ombre. Le documentaire soulève ainsi des questions sur la responsabilité des militaires et des décideurs politiques dans les conflits modernes.
L'article de Mahmoud Mushtaha, qui a visionné le documentaire depuis le Royaume-Uni, reflète l'impact émotionnel et intellectuel de ce type de récit pour un journaliste ayant vécu à Gaza. Le film met en lumière la banalisation des *dommages collatéraux* dans les discours militaires, un concept qui désigne les victimes civiles non intentionnelles lors d'opérations militaires. En Israël, où la sécurité est une préoccupation centrale, des débats émergent sur la légitimité et l'éthique de telles méthodes. Le documentaire s'inscrit dans une réflexion plus large sur la guerre moderne, où les technologies et les stratégies militaires évoluent, mais où les conséquences humanitaires restent dramatiques. Il interroge également la responsabilité des médias et du public face à ces révélations.

