On a retrouvé le squelette du premier homme écrasé par une catapulte géante, il y a 700 ans
Une nouvelle analyse du corps d'un homme décédé au XIVᵉ siècle a montré de multiples fractures, certainement causées par l'impact d'une pierre catapultée par un trébuchet. Il s'agirait de la première victime connue de cette puissante machine médiévale..
En 1997, des archéologues ont exhumé un squelette humain sous les ruines du château de Stirling, en Écosse. Baptisé squelette numéro 150, ce corps date du XIVᵉ siècle, une période marquée par les guerres d'indépendance écossaises (1296–1328 et 1332–1357). Enterré dans la chapelle du château, il reposait aux côtés de huit autres individus, ce qui est inhabituel : les soldats étaient généralement inhumés hors des murs. Ce squelette présente une particularité exceptionnelle : 161 fractures réparties sur l’ensemble du corps, du crâne aux genoux. Ces blessures, étudiées par l’archéologue Jo Buckberry, suggèrent une cause de mort violente et soudaine, sans équivalent connu dans les archives archéologiques.
Le trébuchet est une arme de siège médiévale inventée au XIIᵉ siècle, conçue pour projeter des projectiles lourds contre les fortifications ennemies. Le plus célèbre, le War Wolf, fut utilisé pour la première fois en 1304 sous les ordres du roi d’Angleterre Édouard Ier. Capable de lancer des pierres de près de 140 kilogrammes à plus de 90 mètres, cette machine transformait des blocs de pierre en projectiles dévastateurs, capables de transpercer les murs d’un château comme une flèche traverserait un morceau de tissu. Le squelette numéro 150 pourrait être la première victime attestée de cette arme, selon les analyses de Jo Buckberry.
Les 161 fractures observées sur le squelette numéro 150 présentent des caractéristiques uniques. Elles forment des motifs en zigzag, incompatibles avec d’autres scénarios comme une chute depuis les remparts ou un piétinement par des chevaux. Jo Buckberry, spécialiste des traumatismes osseux, explique que ces blessures résultent d’un impact à grande vitesse et de forte puissance, probablement causé par une pierre projetée par un trébuchet. Les fractures suggèrent que la victime, un homme âgé de 22 à 34 ans au moment de sa mort, avait les avant-bras fléchis devant son corps et s’appuyait sur ses membres inférieurs, comme pour se protéger ou résister à la force de l’impact.
Le château de Stirling, situé au nord d’Édimbourg, fut un bastion stratégique pendant les guerres d’indépendance écossaises. En 1304, lors du siège de la forteresse, Édouard Ier ordonna l’utilisation du War Wolf pour briser les défenses écossaises. Le squelette numéro 150, enterré dans la chapelle du château, date de cette période. Son lieu d’inhumation, inhabituel pour un soldat, s’explique par les dangers de la bataille en cours : transporter les corps mutilés hors des murs aurait été trop risqué. Cette découverte met ainsi en lumière la brutalité des conflits médiévaux et l’efficacité dévastatrice des armes de siège de l’époque.
Jo Buckberry a présenté ses conclusions lors d’un congrès scientifique, soulignant que le squelette numéro 150 constitue la *première preuve archéologique d’un traumatisme causé par un trébuchet*. Lukas Waltenberger, ostéologue à l’université de Vilnius, confirme cette analyse en décrivant les fractures comme *un impact à grande vitesse, de forte puissance et de courte durée*. Cette découverte comble une lacune dans les archives archéologiques et offre un témoignage rare de la violence des batailles médiévales. Elle rappelle aussi l’importance des fouilles archéologiques pour reconstituer des épisodes historiques méconnus.

